Conférence "Bretons et Celtes. Quand le monde archéologique s'interroge ?"

Organisée par l'A2R1

L'A2R1 vous convie à la conférence de Yannick Lecerf, archéologue préhistorien, archéologue conservateur du patrimoine  national et chercheur associé au CNRS.

Résumé

Au cours des deux dernières décennies, les avancées de la recherche scientifique sont souvent venues bousculer ce qui était considéré comme acquis. Ainsi, à la lumière de découvertes récentes, le monde de l’archéologie (directeurs de recherche du CNRS, universitaires, historiens de l’Antiquité, etc…) se retrouve avec les meilleurs linguistes européens pour proposer une lecture corrigée des séquences protohistoriques de l’Histoire des peuples de la façade atlantique. Par leurs constatations analogues, des archéologues des Îles Britanniques (l'Irlande, le Pays de Galles et la Cornouaille anglaise) viennent largement confortés les observations issues des dernières fouilles archéologiques réalisées sur le continent.

Ainsi de nombreux chercheurs s’interrogent aujourd’hui sur la réalité de l’influence celte sur les peuples de la façade atlantique. On voit actuellement émerger deux groupes distincts : celui d’Europe centrale avec des mouvements migratoires sillonnant cet espace en tous sens et celui beaucoup plus stable de la façade atlantique. Alors que les premières migrations celtiques apparaissent à partir du V° siècle avant notre ère, le groupe atlantique déjà en place depuis le début du Néolithique (5 000 ans avant J.C.) entretient de fréquents contacts portés par les échanges maritimes, jusqu’en Méditerranée. Ainsi la forte identité culturelle, constatée en Bretagne, pourrait puiser ses origines dans des séquences bien antérieures à celles proposées (voire imposées) par le mythique discours celte.

Conservateur honoraire du Patrimoine, ayant fouillé et dirigé de nombreux chantiers d’études archéologiques sur la Bretagne depuis 1968, constatant l’absence récurrente de pièce ou de trace celtes, en opposition avec les discours en vogue, devant cette énigme pleine d’interrogations, Yannick Lecerf semble juste de s’y arrêter un instant :

Comment justifier cet engouement celtophile venue superposer notre identité bretonne ?

Pourquoi et comment,  par une volonté politique du Premier et Second Empire, par les fortes et intimes convictions d’érudits, privés des instruments de la science moderne, avec l’appui du courant littéraire du Romantisme, par les cautions apportées de références culturelles du  XIXe et du XXe siècles, le celtisme s’est imposé ?

C’est ainsi que mettant en lumière le schéma de la construction du mythe celte débuté au XVIIIe siècle, en comparant toutes les données disponibles (des écrits des auteurs grecs et latins aux résultats des dernières découvertes archéologiques), en s'appuyant sur les travaux récents de chercheurs incontestés (J.L. Brunaux, J.P. Demoule, P. Brun, O. Buchsenschutz, F. Lontcho, B. Raftéry, T.F. O’Rahilly…), il devient possible aujourd’hui de proposer une autre approche du phénomène celte sur la péninsule armoricaine.

Par des échanges maritimes, et des relations entretenues depuis les premiers temps du Néolithique, les peuples de la façade atlantique se sont créés un espace culturel spécifique. La très forte identité d’appartenance constatée en Bretagne apparaît bien antérieure de quelques millénaires aux premières migrations celtes parties d’Europe centrale. Que l’on décide de la qualifier de ’’Tartéssienne’’, d’Atlantique ou même de Celte importe peu dès lors que l’on accepte de ne pas la confondre avec les migrations d’origine nord-alpine.