"L’image et les monothéismes" par Philippe Marcelé

Conférence gratuite organisée par l'A2R1

Animée par Philippe Marcelé, cette conférence a lieu le lundi 1er avril 2019, à 14h30, à l'Espace Ouest France. Cet agrégé en arts plastiques a enseigné à l’Université de Montpellier 3 puis à l’Université Rennes 2.

Elle est gratuite et ouverte à toutes et à tous.

Nombre maximal de places : 100

Résumé de la conférence

Chacun a encore en mémoire l’assassinat des dessinateurs du journal satirique Charlie Hebdo pour avoir produit des images jugées blasphématoires. On aurait tort cependant de se focaliser sur l’intégrisme musulman. Par des attentats, certes moins dramatiques, l’intégrisme catholique a pu lui aussi, se rendre coupable d’agressions contre les images.

Dans leur grande majorité, nos contemporains quelles que soient leurs croyances, condamnent de tels actes. C’est là un acquis de la démocratie. On ne peut cependant ignorer que dès leur origine, les grandes religions monothéistes, fondées que l’Ancien Testament, ont condamné les images qu’elles ont associées à l’idolâtrie. Pour elles, les choses de l’Esprit, et notamment Dieu et son verbe, étaient, par essence, irreprésentables. Certes, par la suite, par l’intermédiaire de leurs églises et de leurs théologiens, elles ont adopté des positions contradictoires. L’église catholique au second concile de Nicée, en 787, pour répondre - entre autres - à l’iconoclasme byzantin, a élaboré une doctrine de l’image qu’elle voulait à la fois conforme au dogme et susceptible de servir son influence auprès des fidèles. Mais cette doctrine a été vivement contestée et n’a pas mis fin aux iconoclasmes, celui de Byzance encore au 9e siècle, et celui de la Réforme, notamment calviniste, à la Renaissance.

Cette question est-elle aujourd’hui dépassée ? On peut en douter. Bien sûr, outre les attentats évoqués, il y a les récentes destructions de sites archéologiques qui faisaient partie du patrimoine de l’humanité. Mais à un niveau bien plus profond et sûrement plus subtil, ne peut-on légitiment se demander si le rejet de la figuration, à partir de « l’abstraction », qui a marqué l’art moderne et contemporain, ne réactualise pas le rejet de l’image et ceci à partir du même présupposé biblique, celui de l’irreprésentabilité de l’Esprit ? En tout cas, d’abstractions en abstractions, on en est arrivé au « rien », c’est-à-dire à l’image de la « non image ». C’est ainsi qu’en 2009, le centre Beaubourg présentait une « Exposition du vide », « exposant » un ensemble de salles intégralement vides d’où, par conséquent, l’image, de quelque façon qu’on la comprenne, était radicalement exclue.