Séismes et crues modèlent-ils à long terme les paysages des chaînes de montagnes ?

Un nouveau modèle numérique promet de remettre en cause la conception actuelle de l'évolution des paysages, vus comme des structures à l'équilibre sur lesquels séismes ou crues n'auraient que des effets temporaires. C'est Philippe Steer, maître de conférences à l'Université de Rennes 1 et chercheur au laboratoire Géosciences Rennes (OSUR) qui développe ce modèle. L'enseignant-chercheur vient de recevoir le soutien du Conseil européen de la recherche (ERC Starting Grant) à hauteur d'1,5 million d'euros sur 5 ans. Des applications sont attendues touchant la sécurité des populations et l'étude de l'impact du réchauffement climatique.

Philippe Steer
  1. Une limite probable des modèles actuels
  2. Un nouveau modèle numérique et des applications prometteuses pour la sécurité des populations.
  3. Le projet FEASIBLe
  4. Les bourses du Conseil européen de la recherche (ERC grants)

Une limite probable des modèles actuels

L'un des grands défis actuels en sciences de la Terre est de comprendre comment la tectonique, le climat et les processus de surface agissent et interagissent pour façonner les reliefs des chaînes de montagnes. Les fondements de la géomorphologie quantitative moderne sont fondés sur le paradigme de paysages à l'état d'équilibre qui réagissent uniquement à des changements lents du climat ou de la tectonique.

Or cette hypothèse a comme implication que la dynamique à court terme des paysages, lors d'une crue ou d'un séisme, n'engendre que des effets temporaires et le paysage finit par revenir à son état "normal".

Et si ces évènements extrêmes, courts mais fréquents, avaient en fait la capacité de modifier de manière durable la forme des paysages  ?
 

Un nouveau modèle numérique et des applications prometteuses pour la sécurité des populations.

Le projet FEASIBLe de Philippe Steer développera un nouveau modèle numérique d'évolution du paysage pour comprendre comment de tels évènements extrêmes construisent ou détruisent les paysages. Il produira et analysera de nouvelles données topographiques à haute résolution révélant la nature des paysages de Taïwan, de la Nouvelle-Zélande et de l'Himalaya.

Ces travaux sont également susceptibles de fournir une nouvelle approche d'estimation du risque sismique, basé sur l'analyse de la forme du paysage, ainsi qu'un moyen d'évaluer le rôle du réchauffement climatique sur l'évolution post-glaciaire des régions aujourd'hui englacées. À plus long-terme, les résultats du projet pourraient également servir à optimiser les réseaux routiers et de communication dans les zones à risque.

Le projet FEASIBLe

Le projet FEASIBLe de Philippe Steer, maître de conférences à l'Université de Rennes 1, est conduit au laboratoire Géosciences Rennes, unité mixte de recherche (CNRS/Université de Rennes 1) de l'Observatoire des sciences de l'Univers de Rennes.

Il est soutenu par le Conseil européen de la recherche (ERC) à hauteur de 1,5 million d'euros sur 5 ans. Cette somme permettra de recruter deux doctorants et trois post-doctorants pour travailler sur le projet, et de financer des missions d'études sur le terrain (Nouvelle-Zélande, Taïwan, Himalaya - Bhoutan).

Le dossier ERC de Philippe Steer est géré à l'Université de Rennes 1. Il a bénéficié pour son montage du soutien de la Plateforme projets européens (2PE).
 

Les bourses du Conseil européen de la recherche (ERC grants)

Le Conseil européen de la recherche finance l'excellence scientifique à la frontière des connaissances. C'est un programme "scientifique blanc" dédié à la recherche exploratoire, dont l'unique critère de sélection est l'excellence scientifique.
La structuration du système européen de recherche limite la capacité des jeunes chercheur.e.s à créer leurs équipes autour d'une idée originale, c'est l'une des raisons de la fuite des "cerveaux" au niveau du vieux continent.

L'objectif des bourses Starting Grant est de permettre à des jeunes scientifiques de constituer leur équipe de recherche autour d'un thème original. Elles soutiennent les projets scientifiques sur des sujets ambitieux et comportant des risques.
Ces bourses sont délivrées en fonction de l'année d'obtention de la thèse. Ainsi, la "Starting grant" qu'a reçue Philippe Steer peut être allouée 2 à 7 ans après la thèse.