Poursuivre sa thèse en (dé)confinement

Témoignages croisés de doctorantes de l’Université de Rennes 1 : Lorène Marchand (ECOBIO) et Nolwenn Delouche (Institut Physique de Rennes (IPR)

These et deconfinement
  1. Avez-vous pu continuer à avancer sur votre thèse pendant le confinement ?
  2. Comment avez-vous gardé le lien avec votre équipe ?
  3. Comment abordez-vous le déconfinement et le retour au laboratoire ?
  4. A court terme, quel impact cette situation produit sur votre thèse ?
  5. Comment imaginez-vous votre "monde d'après" ?
Lorène Marchand et Nolwenn Delouche figurent parmi les 16 finalistes du concours « Ma thèse en 180 secondes » édition Bretagne /Pays de la Loire 2020. L’annonce du début confinement a coïncidé avec l’événement auquel elles ont participé le 12 mars à Brest.
De retour à Rennes, elles ont disposé de peu de temps pour se rendre à leur laboratoire et organiser leur télé-travail de recherche. Elles témoignent de cette configuration inédite et de leur retour progressif sur place dans le cadre du déconfinement.


(Propos recueillis mercredi 20 mai 2020)

 

Avez-vous pu continuer à avancer sur votre thèse pendant le confinement ?

 

Lorène Marchand - © Frédéric OBE

LM : J’ai continué ma thèse pendant le confinement mais en me réorganisant. En effet, avant le confinement j’étais principalement en phase de manipulation de biologie moléculaire au laboratoire. Pendant cette interruption, j’ai fait du travail d’analyse sur ordinateur, sur une autre partie de ma thèse qui aurait dû être réalisée plus tard, avec un stagiaire en appui.
Concernant ma charge d’enseignement, pour ma part il s’agit surtout de TP. Lorsqu’il faut assurer en ligne un TP sur les fleurs par exemple, c’est un peu compliqué. Déjà, pour illustrer les TP, il faut disposer de ces fleurs. Nous avons mis en place un réseau entre enseignant-e-s afin de partager des images suffisamment claires par exemple. Aussi, pendant cette période, j’ai appris à mettre en place une classe virtuelle, sonoriser des présentations, optimiser des animations.

 

Nolwenn Delouche - © Frédéric OBE

ND : J’ai pu également poursuivre mes travaux car le confinement est intervenu à une étape charnière de ma thèse. J’avais besoin de temps pour analyser et rédiger. Je pouvais mener ce travail facilement chez moi car cela ne nécessitait pas de faire de nouvelles « manips ».
En termes d’enseignements, j’avais déjà dispensé tous les cours prévus en début d’année.
 

Comment avez-vous gardé le lien avec votre équipe ?

LM : Pour l’enseignement, nous avons collaboré à plusieurs : 2 doctorants du laboratoire et plusieurs enseignants-chercheurs.
Sur le plan de mes activités de recherche, j’ai continué à être régulièrement en contact avec mes deux co-encadrantes de thèse, par visio, courriel ou téléphone selon les cas. Au départ, il a fallu modifier le plan de travail, donc nous avons échangé plus souvent. Ensuite, une fois le travail d’analyse amorcé, c’était moins nécessaire.

ND : De mon côté, les contacts ont été « normalement » maintenus au sein de l’équipe.
J’ai également eu l’occasion de participer à deux types de « pause-café virtuelle » à l’invitation de notre directeur :
•    un rendez-vous hebdomadaire, au niveau de l’ensemble du laboratoire (une trentaine de personnes)
•    une rencontre mensuelle réservée aux personnels « non permanents » (doctorant-e-s et postdoc). Ce temps d’échange permet d’aborder des questions plus ciblées et être moins nombreux facilite la prise de parole.
J’ai vraiment apprécié ces temps de discussions.

LM : L’atout d’un-e doctorant-e c’est sa faculté d’adaptation pour travailler n’importe où. Je me suis rendue compte au moment du déconfinement que finalement le travail à distance avait peu influé sur mes activités.

ND : La différence entre télé-travail et travail au laboratoire c’est peut-être le rythme : la journée est moins séquencée, on a tendance à élargir nos horaires.
 

Vue sur thèse, chez soi et au labo par Nolwenn Delouche

 

Comment abordez-vous le déconfinement et le retour au laboratoire ?

LM : Nous avons été informés dans le détail par la direction du laboratoire sur les protocoles de protection (le nettoyage des poignées de portes, le port des masques, etc.).
L’accès au laboratoire est réservé aux expériences et pour respecter le taux d’occupation des espaces (1 à 2 personnes maximum), il faut compléter un planning en indiquant les salles et horaires.
Par exemple, j’ai besoin de naviguer entre 3 salles différentes pour effectuer certaines manips. Il faut que j’identifie un créneau pendant lequel ces salles seront disponibles à la suite les unes des autres.
Concernant le protocole de désinfection, comme je travaille avec des champignons, c’est une pratique usuelle car il faut toujours éviter les contaminations. En la matière, il n’y a pas plus de précautions que d’habitude puisque nous utilisons déjà des blouses, des gants, des produits désinfectants.
En fait, cela ressemble assez à l’été, où une partie des bâtiments et services sont fermés, un système est mis en place pour permettre d’accéder aux laboratoires et l’on est moins nombreux.

ND : Il n’y a pas grand-chose de différent si ce n’est qu’on croise moins de monde et qu’il faut signaler sa présence. Cela demande aussi plus d’anticipation : comme il est impossible d’être présent en permanence, il faut prévoir ses expériences en tenant compte des autres chercheur-e-s ayant besoin de pratiquer.
Personnellement, j’ai de la chance : je dispose d’une salle que je suis la seule à utiliser, ce qui simplifie les choses. Je partage par ailleurs un bureau mais c’est dans cette salle que sont réunies mes données.
Par ailleurs, au niveau des relations humaines il y a du changement : les espaces collectifs ont été fermés et dès que l’on croise quelqu’un, il faut discuter avec un masque évidement.
 

Vue sur thèse, chez soi et au labo, par Lorène Marchand

 

A court terme, quel impact cette situation produit sur votre thèse ?

LM : Si j’ai deux mois de retard au niveau de mes expériences, j’ai en revanche pu travailler sur d’autres dimensions de ma thèse.
L’incertitude se situe pour moi au niveau d’un projet de mobilité : je dois partir en Nouvelle-Zélande à partir du 1er octobre pour être accueillie entre 3 et 4 mois dans une équipe qui développe des nouvelles techniques utiles à mes recherches. Si possible, cette mobilité sera reportée ou raccourcie. Comme je suis en deuxième année de thèse, pour ne pas poser de problème pour la poursuite de mon travail, ce départ ne peut être décalé de plus d’un an.
Pour cette raison, j’ai demandé à disposer d’un peu plus de temps pour ma thèse, même si je ne m’estime pas prioritaire.

ND : De la même manière, je n’ai pas pu mener d’expériences pendant le confinement mais l’impact sur le planning de ma thèse est limité.  L’avantage en Physique c’est que je peux reconstituer mon environnement de travail très rapidement. Je suis de retour depuis deux jours seulement et c’est déjà opérationnel, à la différence d’autres disciplines du Vivant par exemple.

Comment imaginez-vous votre "monde d'après" ?

LM : Dans certains aspects ça m’a rappelé mon terrain d’observation à Kerguelen : on vit plus l’instant présent. Mais je ne crois pas que cela ait changé ma vision de ce que je souhaite faire.

ND : Pour moi cette période s’est avérée très positive : ça m’a permis de comprendre comment télé-travailler et m’a aussi offert une prise de recul sur ma thèse. Pouvoir se « poser », sans être tout le temps solliciter