Nuit Debout et Gilets Jaunes : itinéraire d’une recherche en science politique

Comment appréhender scientifiquement un phénomène social contemporain ? Christine Guionnet, maîtresse de conférences en science politique à l'Université de Rennes 1 et membre du laboratoire Arènes commence une étude sur les « gilets jaunes » et leur rapport au genre, en collaboration avec sa collègue Bleuwenn Lechaux. Elle termine par ailleurs la rédaction d’une étude sur le mouvement social de Nuit Debout (2016).

Participants à Nuit Debout, place de la République à Paris (2016) - Photo Olivier Ortelpa via Wikimedia Commons
  1. L'enquête de terrain
  2. Un parcours de recherche
  3. Étude de "Nuit Debout"

Les recherches de Christine Guionnet au sein du laboratoire Arènes portent spécifiquement sur le quotidien d’individus « ordinaires » et leur rapport à la politique ou au genre. Elle étudie les façons de faire de la politique autrement que par la participation conventionnelle (vote ou adhésion à un parti). Elle s’intéresse ainsi à ce qui relie la politique à tout un chacun, ce qui la rend plus citoyenne et accessible. Ses premières études ont été le suivi de listes citoyennes, comme celle des Motivé-e-s en 2001.

L’enquête sur les gilets jaunes est en cours d’élaboration. Le décalage avec les moments forts du mouvement sera profitable pour tenter de prendre du recul sur ces événements très médiatisés. L’étude est réalisée via une vingtaine d’entretiens d’une à deux heures qui reprendront en fin d’année 2019 en fonction de la disponibilité des enseignantes-chercheuses.

L'enquête de terrain

Pour mener à bien ce type d’enquête, il est nécessaire de "faire du terrain" : aller à la rencontre des protagonistes, mener des études statistiques, dégager des résultats, gagner la confiance des acteurs de ces mouvements. Le chercheur peut annoncer dès les premiers contacts les raisons de sa venue, ce que fait en général Christine Guionnet, ou bien se montrer plus discret sur ses motivations pour mieux s’intégrer. Quoi qu’il en soit, en sciences sociales, la méthodologie est stricte : le but est de rendre compte d’un phénomène de la manière la plus objective possible pour pouvoir poser une démonstration.

Les enseignantes-chercheuses ont alors le choix des méthodes.

  • L’observation directe 

La démarche consiste à observer le groupe en s’immergeant sans prendre part au débat. Là encore, le bénéfice est le recul pris avec l’objet étudié. Dans le cas de Nuit Debout, Christine Guionnet et son associée Barbara Doulin, ont tout de suite annoncé qu’elles étaient venues en tant que chercheuses. Elles ont observé les commissions sur des thèmes sociétaux et ont été très bien accueillies par les manifestants.
 

  • La participation observante 

Ici, les chercheuses observent et participent aux évènements, ce qui demande davantage de temps. C’est l’intégration au groupe en lui même pour mener des entretiens individuels et poser des questions lors d’assemblées, en influant le moins possible sur la dynamique d’ensemble.
 

  • La recherche action

Elle est menée avec les acteurs du terrain, que les scientifiques impliquent par le biais du témoignage dans les colloques qu’ils organisent. Le but est la construction de la recherche via l’échange entre acteurs, étudiants, universitaires et scientifiques.

Un parcours de recherche

Christine Guionnet, maîtresse de conférence en science politique, membre de la commission de la recherche de l'Université de Rennes 1 - © UR1/DirCom/GLP

Christine Guionnet a soutenu sa thèse sur l’apprentissage de la politique moderne, vu à travers le cas des élections municipales sous la monarchie de Juillet, sous la direction de Pierre Rosanvallon, en 1995. Affectée en 1996 à l’université de Rennes 1 où elle participe à la création de la licence de Science politique, elle y devient maîtresse de conférence.

En janvier 2000, la loi « parité hommes-femmes » est votée et promeut un accès égal entre les genres aux fonctions électives et aux mandats électoraux. Cette loi, appliquée pour la première fois en mars 2001, incombe une pénalisation financière aux partis ne respectant pas la parité dans leurs listes. Les femmes gagnent en représentation politique et Christine Guionnet se penche alors sur les Gender studies, études sur le genre, très peu développées à l’époque par les universitaires. Elle co-écrit en 2004, avec Erik Neveu, professeur à l’IEP de Rennes, Féminin-Masculin, un manuel de sociologie sur le rapport de tout un chacun au genre et participe à la rédaction de plusieurs recherches collectives relatives aux premières applications de la loi sur la parité (dont Achin et alii, Sexes, genre et politique, Economica, 2007).

 

Étude de "Nuit Debout"

Avec Barbara Doulin, doctorante de l’EHESP en 2016, et après avoir reçu des financements de la Maison des Sciences de l’Homme, elle a pu mener une enquête sur le phénomène social Nuit Debout, qui a vu des citoyens se réunir sur des places publiques pour parler politique et soulever des enjeux sociétaux. Les assemblées générales de Nuit Debout étant majoritairement terminées au moment où les chercheuses ont commencé leur travail de terrain, elles ont participé à des rassemblements plus restreints, sous forme de commissions, pour mener observer les échanges sur des sujets sociétaux.

Article rédigé par Sarah Robin, étudiante en science politique, dans le cadre d'un stage à la Direction de la communication de l'Université de Rennes 1.