Les abeilles dites "hygiéniques" plus résistantes face à un redoutable parasite

Les alvéoles des ruches peuvent être parasitées par un petit acarien, Varroa destructor, capable de décimer des colonies d'abeilles entières. Un scientifique rennais a contribué à montrer que ces alvéoles émettent un cocktail spécifique de molécules qui déclenche, chez certaines abeilles, un comportement "hygiénique" et protecteur. Publication dans Nature Chemical Biology (jan. 2021)

Varroa destructor dans une alvéole de ruche - Photo par xiSerge/Pixabay

L’acarien Varroa destructor est un parasite de l’abeille domestique originaire d’Asie qui s’est répandu quasiment dans le monde entier.

Les abeilles domestiques Apis mellifera y sont particulièrement sensibles : le parasite peut causer la perte des colonies en quelques mois seulement, et provoque des pertes économiques importantes pour les apiculteurs.

Si des traitements médicamenteux existent depuis les années 1980, ils présentent plusieurs inconvénients, notamment l’apparition de résistance du parasite, des effets indésirables sur les abeilles et la persistance de certains composés dans le miel ou la gelée royale.

On a déjà observé que certaines colonies d’abeilles sont capables de survivre à l’acarien en l’absence de traitement, montrant ainsi des capacités de résistance au Varroa destructor.

Pour se reproduire, ce parasite loge dans les alvéoles de la ruche où grandissent les larves et nymphes d’abeilles.

Ponte d'abeille Apis Mellifera dans des alvéoles de ruche - © XiSerge/Pixabay

En analysant leur comportement, des chercheurs d’INRAE, du CNRS, de l’Université de Rennes 1 et de l’Université d’Otago (Nouvelle-Zélande) ont remarqué que certaines abeilles sont capables de détecter le parasite dans les alvéoles où il est présent. Ces abeilles, dites hygiéniques, ouvrent alors les alvéoles contaminées pour les nettoyer, sacrifiant la nymphe en cours de développement mais permettant de contrôler la propagation du parasite et de préserver la colonie.

Mais comment font ces abeilles pour détecter le parasite caché dans les alvéoles ?
Pour répondre à cette question, les chercheurs ont analysé et comparé des alvéoles parasitées et non parasitées par le Varroa. Ils ont pu identifier six molécules spécifiques dans les alvéoles parasitées qui n’avaient jamais été décrites chez les abeilles. Ils ont alors synthétisé ces molécules et effectué différents tests comportementaux pour savoir si ce cocktail de molécules déclenchait bien le comportement hygiénique des abeilles [...].

À Rennes, c'est Maxime Hervé, maître de conférences à l'Université de Rennes 1 et membre de l'IGEPP, qui a contribué à ces travaux :

Je suis moi-même spécialiste de l'étude des molécules qui influencent le comportement des insectes, et c'est dans le cadre d'un réseau national que j'avais découvert les prémisses de cette superbe étude qui devrait faire date. Ma contribution a consisté en l'analyse statistique des données, qui étaient particulièrement nombreuses. Comme souvent, cette contribution s'est décidée lors d'un temps de convivialité et doit surtout aux rapports humains avec les collègues qui ont mené cette étude !

[Lire l'intégralité du communiqué sur le site d'INRAE]
 

Référence

Chemical detection triggers honey bee defence against a destructive parasitic threat
Fanny Mondet, Solene Blanchard, Nicolas Barthes, Dominique Beslay, Celia Bordier, Guy Costagliola, Maxime R Hervé, Benoit Lapeyre, Seo Hyun Kim, Benjamin Basso, Alison R Mercer and Yves Le Conte
Nature Chemical Biology, 25 jan 2021 -- doi:10.1038/s41589-020-00720-3