Forte tolérance entre groupes de gorilles des plaines de l’Ouest

Dans la forêt équatoriale de Ngaga au Congo, les rencontres entre groupes de gorilles des plaines de l'Ouest sont fréquentes et amicales, les jeunes passant d'un groupe à l'autre. Ces comportements favorisent le partage d'information et la collecte des ressources, mais exposent davantage aux maladies infectieuses. Ces résultats sont dus à l'étude de 120 individus sur 5 ans impliquant à Rennes les scientifiques des laboratoires Ecobio (Osur) et IGDR. Publication dans Proceedings of the Royal Society B (fév. 2019).

Suivi par piège photographique de gorilles en forêt de Ngaga, Congo - Photo : Germán Illera
  1. Première étude en milieu forestier dense
  2. Rencontres fréquentes et amicales
  3. Apport des analyses génétiques
  4. Avantage et désavantage évolutif
  5. Utilité du couplage observations directes/analyses génétiques
  6. Aide à la conservation de l'espèce
  7. Références

Cette étude approfondit notre connaissance du comportement social du gorille de plaine, au moyen d'observations directes et d’analyses génétiques non invasives. À Rennes, cette étude internationale implique les laboratoires Ecobio (Osur) et l'IGDR.

Première étude en milieu forestier dense

Depuis les premières études en milieu naturel, il est clair que des différences remarquables existent entre le comportement du gorille des plaines de l’Ouest (Gorilla gorilla gorilla) habitant les forêts denses du bassin du Congo et celui du gorille des montagnes (Gorilla beringei beringei) vivant sur les pentes volcaniques du Rift.

Les rencontres entre groupes familiaux de gorilles des plaines de l‘Ouest sont fréquentes et amicales, en contraste frappant avec les rares et agressives interactions entre groupes de gorilles des montagnes. Ces rencontres entre gorilles des plaines de l’Ouest avaient été observées principalement sur des clairières lorsque plusieurs groupes venaient manger d’abondantes plantes riches en sel minéraux.

Par contre, ces comportements sociaux au sein des forêts équatoriales impénétrables, où la visibilité est limitée, sont longtemps restés un secret bien gardé.

Rencontres fréquentes et amicales

Le suivi en continu pendant 5 ans de trois groupes habitués à la présence humaine montre que, même au cœur de la forêt dense, les rencontres entre groupes de gorilles de plaine sont fréquentes et amicales. Les membres de différents groupes mangent et jouent ensemble au lieu d’être agressifs.
 

Rencontre de jeunes gorilles de différents groupes en forêt de Ngaga, Congo - © Germán Illera

 

Apport des analyses génétiques

Des analyses génétiques ont permis d’avoir une image précise de la structure sociale et des apparentements entre plus de 120 gorilles de Ngaga. Ces analyses ont été réalisées sur la plateforme d’écologie moléculaire du laboratoire Ecobio (dédiée à l'ADN d'échantillons non invasifs) à partir de fèces collectées durant quatre mois à Ngaga.

Les résultats génétiques confirment les échanges fréquents entre groupes. Les jeunes sont souvent retrouvés temporairement hors de leur famille dans des groupes sans gorille apparenté, un comportement qui peut s’expliquer par l’absence d’infanticide chez cette espèce.

Ces résultats mettent en lumière une société modulaire, caractérisée par quelques liens forts mais aussi des liens plus lâches et une tolérance inter-groupes élevée, ce qui facilite les échanges d’individus entre groupes.

Avantage et désavantage évolutif

Ce comportement social peut avoir joué un rôle important dans l’histoire évolutive de l’espèce, favorisant le partage d’informations et facilitant l’exploitation des ressources.

Le revers est néanmoins qu’il peut exacerber l’impact de maladies infectieuses. Par exemple, les épidémies d’Ebola ont tué par le passé plus de 95% des gorilles dans certaines zones et les contacts entre groupes peuvent avoir facilité la diffusion du virus.

La forte susceptibilité de l’espèce à cette menace a contribué à son classement « en danger critique » sur la liste rouge de l’UICN.

Utilité du couplage observations directes/analyses génétiques

Globalement, les résultats de cette étude montrent l’importance de coupler des approches d’observations directes et d’analyses génétiques pour le suivi de la faune sauvage. Cette étude souligne aussi le potentiel des analyses génétiques non invasives pour comprendre les dynamiques sociales chez une espèce discrète.
 

Dominique Vallet extrait de l'ADN de gorilles sur la plateforme d'écologie moléculaire du laboratoire Ecobio - © P. Le Gouar

Aide à la conservation de l'espèce

Il est ainsi crucial de comprendre le comportement social pour modéliser les transmissions de maladie et pour planifier des stratégies de conservation efficaces sur le long terme.

Références

From groups to communities in western lowland gorillas
G. Forcina, D. Vallet, P.J. Le Gouar, R.Bernardo-Madrid, G. Illera, G. Molina-Vacas, S. Dréano, E. Revilla, J.D. Rodríguez-Teijero, N. Ménard, M. Bermejo, C. Vilà.
Proceedings of the Royal Society B - 6 February 2019 - Volume 286 Issue 1896 | doi:10.1098/rspb.2018.2019

Enseignants-/chercheurs rennais impliqués :
- Dominique Vallet, Nelly Ménard, Pascaline Le Gouar (Ecobio) ;
- Stéphane Dréano (IGDR).