Favoriser la restauration immunitaire à la suite d'infections sévères telles le COVID19

Des équipes rennaises décrivent une avancée majeure concernant la restauration des défenses immunitaires altérées par le sepsis, cet état de dysrégulation du système immunitaire qui survient à la suite d’une infection. En démontrant chez la souris les bienfaits pour cette restauration de l’administration d'un acide aminé présent dans certains aliments, cette étude, qui a donné lieu à un essai clinique en cours d'analyse sur des patients en réanimation pour COVID19 ouvre d’importantes perspectives. Publication dans PNAS (16 fév. 2022)
Image CHU Rennes

La phase aiguë des infections graves est aujourd'hui très bien prise en charge à l'hôpital. Cependant, ces infections sévères s'accompagnent de dysfonctions prolongées du système immunitaire susceptibles d’augmenter le risque d’infections nosocomiales. Parmi les mécanismes immunologiques favorisant ces troubles, les scientifiques ont mis en évidence le rôle clé que jouent la diminution du nombre de lymphocytes (cellules assurant la défense immunitaire de l’organisme) et le recrutement de cellules immunosuppressives (mécanismes d’action des cellules cancéreuses). Combinés, ces mécanismes conduisent à une diminution de l’arginine présente dans l’organisme, pourtant essentielle à son bon fonctionnement (cicatrisation, croissance…).

Les équipes de recherche, emmenées par Jean-Marc Tadié, professeur à l'Université de Rennes 1 et praticien hospitalier au CHU de Rennes (service des maladies infectieuses et réanimation médicale) ont développé un modèle d’infection intra-abdominale grave chez la souris suivie cinq jours plus tard d’une pneumopathie, mimant ainsi la survenue d’une infection nosocomiale. Les souris recevaient ou non par voie orale de l'arginine ou de la citrulline, un acide aminé aux propriétés voisines de l'arginine qui se révèle plus intéressant d'un point de vue pharmacologique. Ayant démontré que la supplémentation nutritionnelle par citrulline jouait un rôle essentiel dans la réponse anti-infectieuse, cette immunonutrition permet d’envisager de nouvelles perspectives thérapeutiques chez les patients hospitalisés en réanimation pour sepsis.

Un essai clinique randomisé (CACOLAC, NCT04404426) a ainsi été mené au CHU de Rennes chez les patients atteints de COVID-19 grave pour évaluer l'intérêt de l'administration de citrulline. Les résultats de cet essai sont actuellement en cours d'analyse.
Ces recherches viennent souligner la synergie clinico-biologique qui lie l’université, l’Inserm et le CHU.

Référence

Beneficial effects of citrulline enteral administration on sepsis-induced T cell mitochondrial dysfunction
Florian Reizine, Murielle Grégoire, Mathieu Lesouhaitier, Valentin Coirier, Juliette Gauthier, Céline Delaloy, Elise Dessauge, Florent Creusat, Fabrice Uhel, Arnaud Gacouin, Frédéric Dessauge, Cécile Le Naoures, Caroline Moreau, Claude Bendavid, Yoann Daniel, Kilian Petitjean, Valérie Bordeau, Claire Lamaison, Caroline Piau, Vincent Cattoir, Mikael Roussel, Bernard Fromenty, Christian Michelet, Yves Le Tulzo, Jaroslaw Zmijewski, Ronan Thibault, Michel Cogné, Karin Tarte, and Jean-Marc Tadié
PNAS, February 16, 2022 | 119 (8) e2115139119 - doi:10.1073/pnas.2115139119