Et si certains champignons aggravaient la détresse respiratoire des personnes atteintes de la covid-19 ?

Coordonnée par le Pr Jean-Pierre Gangneux, l’étude MYCOVID livre ses premiers résultats et révèle un risque accru de surinfections fongiques invasives des patients atteints de la covid-19 admis en réanimation.
Soignant injectant un médicament liquide dans un sac salin dans une chambre d'hôpital

Les équipes du CHU de Rennes – Université de Rennes 1, de l’hôpital Necker-Enfants malades APHP, de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP - Université de Paris, de l’hôpital Avicenne AP-HP – Université Sorbonne Paris Nord et de l’Institut Pasteur ont mené une étude prospective multicentrique visant à déterminer l’impact des infections fongiques chez les patients atteints de formes graves de la Covid-19, hospitalisés en réanimation. L’étude MYCOVID, coordonnée par le Pr Jean-Pierre Gangneux, le Dr Eric Dannaoui, le Pr Jean-Ralph Zahar et le Dr Marie-Elisabeth Bougnoux, a montré un risque particulièrement élevé de surinfections fongiques invasives, atteignant 22% chez les patients COVID-19 intubés et ventilés en réanimation. Les résultats de cette étude débutée en avril 2020, ont fait l’objet d’une publication le 26 novembre 2021 dans la revue scientifique The Lancet Respiratory Medicine.

Déterminer l’impact des infections fongiques chez les patients atteints de formes graves de la Covid-19 : un champ d’investigation inédit

Il a été démontré que les patients atteints d'une infection respiratoire sévère par le virus de la grippe présentent un risque élevé de syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA) et sont susceptibles de développer une aspergillose invasive, surinfection due à des champignons microscopiques. L'infection par le SARS-CoV-2 peut également être responsable d'un SDRA sévère, pour lequel une ventilation mécanique est nécessaire. Les patients atteints de la Covid-19 présentent donc un risque de
développer des infections fongiques invasives (IFI) telles que l'aspergillose invasive. La grande majorité des études de cohorte monocentriques publiées rapporte une prévalence variable des IFI. Jusqu’à présent, aucune étude de surveillance active n’avait été menée pour permettre d'évaluer la prévalence, les facteurs de risque et l'issue de l'IFI sur une population homogène de patients atteints de la Covid-19 en réanimation.
C’est là tout l’objet de l’étude MYCOVID.

Professeur à l’Université de Rennes 1, Jean-Pierre Gangneux mène ses recherches à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset, UMR 1085 Inserm - Université de Rennes 1 - EHESP).
Chef du laboratoire de parasitologie et mycologie du CHU de Rennes, il coordonne cette étude nationale :

On parle de champignons microscopiques qui sont omniprésents dans notre quotidien. L’aspergillus, par exemple, est un champignon qui se développe sur la confiture, les fruits qui moisissent... Mais dans certains cas d’inflammations sévères telles que celles provoquées par la Covid-19, ces infections fongiques peuvent aggraver la situation.

L’étude, d’une envergure exceptionnelle,révèle un nombre élevé d’infections fongiques invasives

Avec 18 centres et 576 patients participants en France, MYCOVID est l’étude prospective multicentrique rassemblant la plus grande cohorte de patients ventilés mécaniquement en réanimation et ayant fait l'objet d'un dépistage systématique des IFI selon différents marqueurs. MYCOVID a tout d'abord permis de documenter un nombre étonnamment élevé d'épisodes d'IFI prouvée ou probable (N=114/509 patients analysables, 22,4%) chez ces patients.
L'aspergillose pulmonaire invasive prouvée ou probable et la candidémie apparaissent comme les deux infections les plus fréquentes avec, respectivement, une prévalence globale de 14,9%, et de 6,2%.
Les aspergilloses chez ces patients Covid-19 sont associées à un risque de décès plus élevé, avec une mortalité globale de 61,8% contre 32,1% dans les cas de Covid-19 graves, mais sans surinfection fongique.
Enfin, le dexaméthasone associé à l’anti-IL6R, deux médicaments clés de la prise en charge des patients touchés par une forme grave de la Covid-19, augmentent significativement le risque de développer une aspergillose pulmonaire invasive. Pour Dr Marie-Elisabeth Bougnoux (hôpital Necker-Enfants malades AP-HP / Université de Paris / Unité Biologie et Pathogénicité Fongiques à l’Institut Pasteur), « la prévalence et la mortalité élevées des aspergilloses invasives et des candidémies révélées par l’étude MYCOVID soulignent l’urgente nécessité d'établir un indice de suspicion et de mettre en œuvre une surveillance active des IFI chez les patients atteints d’une forme sévère de la Covid-19 en réanimation.»

D'autres études devront être menées afin de déterminer si un traitement antifongique précoce ou une prophylaxie sont nécessaires.

Fungal infections in mechanically ventilated patients with COVID-19 during the first wave: the French multicentre MYCOVID study.
The Lancet Respiratory Medicine, 2021 Nov 26:S2213-2600(21)00442-2. doi: 10.1016/S2213- 2600(21)00442-2. Epub ahead of print. PMID: 34843666