Des marges continentales de France et d’Afrique livrent leurs secrets

Le projet PAMELA, ce furent 6 ans de collaboration en géosciences et biologie marines, plus de 150 chercheurs et ingénieurs du CNRS, de l'Université de Rennes 1, de l'Université de Bretagne Occidentale, de Sorbonne Université et de l'IFPEN, le tout coordonné par l'Ifremer et le groupe Total. Le résultat ? De nouvelles connaissances sur l’histoire géologique, la biodiversité marine et la dynamique des courants de trois zones de notre planète : le golfe de Gascogne, la marge Est de la Corse et le canal du Mozambique.

Canal du Mozambique - geoportail.gouv.fr
  1. Un nouveau regard sur l’ouverture de l’océan Indien
  2. De nouveaux monts sous-marins découverts dans le canal du Mozambique
  3. Un écosystème étonnant découvert dans le Golfe de Gascogne
  4. Des facteurs à l’origine de glissements sous-marins identifiés en Corse

Démarré en 2013, le projet Pamela (pour "Passive margins exploration laboratories") a pour objectif principal de développer de nouveaux modèles d’évolution des marges passives. Ces marges caractérisées par une absence de zone de subduction ou d’activité sismique, bordent les côtes de l'océan Atlantique tout comme les côtes de Corse et de Provence.

La contribution de l'Université de Rennes 1 sur l'étude du canal du Mozambique a été apportée par deux spécialistes de la géologie de l'Afrique, Cécile Robin et François Guillocheau, respectivement maître de conférences et professeur à Géosciences Rennes/OSUR. 

 

Un nouveau regard sur l’ouverture de l’océan Indien

Il y a 200 millions d’années, le continent unique Pangée se disloque. Les blocs d’Amérique du Sud, Afrique, Antarctique, Inde, Australie et Madagascar entrent alors en mouvement. C’est le début de l’ouverture de l’océan Indien.

L’étude de plusieurs structures majeures du canal du Mozambique le long des côtes africaines, malgaches et des îles Eparses a apporté de nouveaux éléments de compréhension sur la formation de cet océan et des marges passives associées. Le magmatisme et le volcanisme sont apparus comme des processus majeurs impactant l’ouverture de cet océan tout au long de son histoire. Les huit campagnes d’acquisition en mer ont également permis de reconstituer l’histoire sédimentaire du fleuve Zambèze sur 200 millions d’années et les variations de circulation des courants océaniques depuis 35 millions d’années.

De nouveaux monts sous-marins découverts dans le canal du Mozambique

Les analyses de roches prélevées sur ces monts sous-marins ont révélé leur origine volcanique et daté leur formation il y a environ 30 millions d’années.

La présence de récifs de coraux fossiles montre que ces monts, situés à plusieurs centaines de mètres sous le niveau de la mer, ont été émergés dans le passé. Ils ont été ennoyés il y a 5 millions d’années à la faveur de mouvements verticaux de grande ampleur liés au système de failles du rift est-africain.

Des communautés d’invertébrés et de poissons ont été également étudiées sur les pentes des monts sous-marins. De nouvelles espèces d’éponges et d’étoiles de mer ont ainsi été décrites.
 

Un écosystème étonnant découvert dans le Golfe de Gascogne

Un vaste système de plus de 2 600 sorties de méthane a été découvert à 70 km des côtes landaises et par 200 m de fond.

Actif et dégageant d’importants volumes de gaz, c’est le seul site actif du genre en France métropolitaine et un cas rare dans le monde.

Deux types d’habitats associés à ces émissions de méthane ont été identifiés. Le premier est formé de tapis bactériens colonisés par une faune typique des milieux extrêmes riches en sulfures et pauvres en oxygène.

Le second est fait d’encroûtements carbonatés rocheux colonisés notamment par des huîtres et des éponges. 
Ce nouvel écosystème est désormais inscrit dans la liste des habitats à étudier et à maintenir en bon état écologique de la directive-cadre stratégie pour le milieu marin.

Des facteurs à l’origine de glissements sous-marins identifiés en Corse

Les glissements sous-marins constituent une importante source d’aléas géologiques. Ils peuvent affecter des infrastructures sous-marines et toucher les zones littorales (érosion, vague de tsunami...). Ces glissements peuvent être liés à l’instabilité de sédiments appelés contourites sur les pentes modelées par de forts courants océaniques.

Cette instabilité peut s’expliquer par deux phénomènes : une érosion du pied de la pente par les courants ou la présence de couches sédimentaires enrichies en particules volcaniques, les zéolites. La combinaison de ces deux phénomènes peut suffire à rendre les sédiments instables.

Ces résultats peuvent probablement être extrapolés à l’ensemble du globe puisque les zéolites sont des minéraux fréquemment retrouvés sur les marges. Ils témoignent de l’impact majeur des courants océaniques sur l’évolution des fonds marins.