[Covid19] Visières, masques, sur-blouses... les makers de l'université se mobilisent

A l’Université de Rennes 1 comme partout, les makers se mobilisent depuis le début de la crise pour apporter des solutions locales à l’épidémie. Si l’université est fermée, certaines de ses machines tournent à plein régime pour répondre aux besoins en équipement de protection contre le virus. Coup de projecteur sur la mobilisation des IUT de Rennes et de Saint-Brieuc.

Jean-Marie Lagroye et Olivier Wong, enseignants à l'IUT de Rennes
  1. Visières de protection : impression artisanale et usinage en plateforme technique
  2. Masques et sur-blouses : une productivité décuplée grâce à la découpe laser

Visières de protection : impression artisanale et usinage en plateforme technique

Enseignants à l’IUT de Rennes, Jean-Marie Lagroye et Vincent Le Boudec ont rapporté à domicile les imprimantes 3D du département de génie mécanique et productique (GMP). « J'ai été contacté via un collègue par la faculté d'odontologie de l’université pour la production de visières de protection, explique Jean-Marie Lagroye. J'imprime les supports et je fournis les visières perforées fabriquées à partir de transparents pour rétroprojecteurs et de couvertures de rapports. Elles sont livrées au CHU par un membre de ma famille qui y travaille ».
Fin avril, son collègue Vincent Le Boudec a pu également récupérer une imprimante et des bobines de PLA, matière première indispensable à la production, au fablab du Pôle numérique Rennes Beaulieu. « Avec cette seconde imprimante 3D, j’améliore ma cadence de production et je peux également répondre aux besoins exprimés via la plateforme Covid3D qui met en relation professionnels au contact du public et bénévoles pour la création et la distribution de matériel de protection ».

Les deux enseignants ont ainsi fourni plus de 250 visières "maison" aux professionnels de santé et commerçants de la métropole rennaise, ils ont également fabriqué et assemblé des dizaines d'exemplaires pour les besoins de la faculté d’odontologie et du centre de soins dentaire.

A Saint-Brieuc, pour Côme Boucher, tout a débuté également par une production artisanale, en réquisitionnant une imprimante 3D de l’IUT et en se rapprochant du collectif Visières solidaires des Côtes d’Armor. Chef de projet au sein de la plateforme ID Composite hébergée par le département Science et génie des matériaux (SGM), il est rapidement passé à une cadence industrielle grâce à « une machine de découpe automatisée qui nous permet de découper des tissus de fibres de verre et de carbone que nous utilisons dans les matériaux composite ». Après une journée de prototypage avec son collègue Josselin Lemoine, ils conçoivent le modèle d’une visière de protection en polyéthylène dotée d’une « très bonne ergonomie, facile à utiliser et bien couvrante »… et multiplient la cadence par 80 !

Avec le renfort de Maël Visdeloup, technicien au département SGM de l’IUT de Saint-Brieuc, ils parviennent ainsi à produire 200 pièces, découpées et assemblées, en une seule journée de production. Grâce aux dons des entreprises et partenaires locaux, 2 500 visières ont ainsi été distribuées par ID Composite et l’IUT aux soignants de l’hôpital de Saint brieuc, aux pompiers, gendarmes du département et au personnel de l'agglomération de Saint brieuc.

Les visières sont destinées à l’ensemble du personnel soignant des Côtes-d’Armor en priorité, mais également aux employés des services publics et pourquoi pas privés par la suite si notre production le permet.  Notre but est de pouvoir protéger un maximum de personnes avec une priorité pour les plus exposés. Dans le contexte actuel, et dans une démarche solidaire, nous proposons nos services et produits gratuitement : la matière nous a été fournie gracieusement et notre structure est depuis toujours soutenue par les collectivités territoriales.
Retrouvez l’interview de Côme Boucher sur le site de l’IUT de Saint-Brieuc

Fabrication de visières de protection à l'IUT de Saint-Brieuc - Avec l'appui de Maël Visdeloup, technicien de recherche et de formation à l'IUT de Saint-Brieuc, 2 500 visières en polyéthylène conçues par ID Composite ont pu être fabriquées, assemblées et distribuées par ID Composite et l'IUT.

  

Masques et sur-blouses : une productivité décuplée grâce à la découpe laser

L’université dispose des machines et des compétences utiles pour répondre à de nombreux besoins, comme l’explique Olivier Wong, également enseignant au département GMP de l’IUT de Rennes : « En complément des imprimantes 3D que nous nous étions déjà répartis à domicile entre collègues, j'ai souhaité contribuer au mouvement de solidarité en utilisant les machines inexploitées dans nos murs. Avec Romain Chefdor, coordinateur du Labfab (réseau des fablabs de Rennes Métropole), nous avons discuté des actions à mener côté makers. L'action "visières" étant globalement bien gérée maintenant, on a ciblé un besoin prioritaire émanant du collectif Couturières solidaires Ille-et-Vilaine : découper au laser le tissu qui est ensuite distribué aux couturier·e·s qui produisent bénévolement des masques réutilisables, distribués principalement aux personnels des hôpitaux, des Ehpad, aux infirmiers libéraux, aides à domicile, associations d'aide aux plus démunis… »
Le collectif a transmis des rouleaux de tissu et les patrons de découpe. Olivier Wong et Giuseppe Pucci, chercheur à l’Institut de physique de Rennes, participent ainsi à la découpe de tissu aux côtés de l'Atelier Commun, également membre du Labfab étendu. A eux deux, ils ont pu fournir en quelques jours 1 750 prédécoupés en tissu au couturier·e·s.

Face à des besoins urgents, à Rennes comme à Saint-Brieuc, les capacités qu'offrent les machines professionelles sur lesquelles se forment les étudiants permettent d'amplifier les actions de solidarité et les initiatives individuelles ou associatives qui émergent localement : « la découpe au laser est beaucoup plus productive (jusqu'à 800 masques / jour / machine) et soulage les couturier·e·s d'une étape rébarbative et chronophage ». Des membres de l'IPR poursuivent aujourd’hui cette action avec les bénévoles du collectif sur les machines de découpe laser du laboratoire après celles du Pôle numérique Rennes Beaulieu.

Découpe laser de masques en tissu et de sur-blouses - A gauche, Olivier Wong, enseignant à l'IUT de Rennes, procède au réglage pour la découpe des sur-blouses. A droite, Giuseppe Pucci, post-doctorant à l'IPR, présente une partie des 1 750 coupons de masques en tissu découpés.

Avec Jean-Marie Lagroye, Olivier Wong se concentre désormais sur la découpe de sur-blouses « dont manquent les paramédicaux et professionnels de soins primaires, notamment dans la perspective du déconfinement et de la reprise de leur activité » explique Patricia Amé, vice-doyenne de la faculté de médecine et chargée de la coordination du dispositif de solidarité déployé à l’université dans le cadre de l’épidémie de Covid-19.
Grâce au partenariat mis en place entre la Fondation Rennes 1, les Rotary clubs Bretagne-Mayenne et Essort Bretagne, le tissu nécessaire à la fabrication d'équipements de protection a été fourni aux enseignants de l'IUT de Rennes. La découpe laser va se poursuivre dans les ateliers du département GMP de l’IUT afin de fournir les coupons prêt-à-coudre aux bénévoles du collectif Over-The-Blues mobilisé pour coudre des sur-blouses.
 

#GivingTuesdayNow
La Fondation Rennes 1 lance un appel aux dons dans le cadre du #GivingTuesdayNow, la journée mondiale de don et de solidarité qui aura lieu le 5 mai 2020 en réponse à l'urgence des besoins sans précédent causés par le Covid-19. Il s'agit de récolter des fonds qui permettront de poursuivre l'apport de matériel de protection aux personnels médicaux, paramédicaux et sociaux de soins primaires dans le cadre du consortium avec ESSORT et le Rotary et plus largement d'amplifier l'ensemble des actions mises en place par la fondation (soutien à la recherche de nouvelles voies thérapeutiques et aide aux étudiants en grande difficulté du fait du confinement).