Cancer : des avancées dans la connaissance des lymphomes

Des scientifiques rennais ont exploré le microenvironnement des cellules cancéreuses et travaillé à comprendre les interactions à l'œuvre entre ces cellules et leurs voisines dans le cadre du lymphome, un cancer dû à la prolifération de lymphocytes B. Publication dans Immunity (23 juin 2021)

Ganglions de patient atteint de lymphome (à g.) et amygdale d’un patient sain (à dr.) - Image en microscopie confocale ©MICMAC
  1. Extraire et étudier les tissus entourant la tumeur
  2. Des interactions entre les lymphocytes B et leur environnement
  3. Perspectives
  4. Référence

Le lymphome est le sixième cancer le plus fréquent en France. Les mécanismes de cette prolifération des lymphocytes B, des cellules impliquées dans la réponse immunitaire du corps humain, sont encore mal connus. La maladie a une évolution lente et ralentie par les traitements, mais elle reste incurable. À l'Université de Rennes 1, Karin Tarte et l'équipe Honeycomb de l’unité mixte de recherche MICMAC (Université de Rennes 1/EFS/Inserm)  tentent de mieux comprendre le fonctionnement de ces lymphomes. Pour cela, elles s'intéressent non seulement aux cellules cancéreuses, mais aussi à celles qui les entourent et forment la « niche tumorale ».
 

L'équipe MICMAC impliquée dans la publication - De g. à dr. : Simon Léonard, Céline Pangault, Thierry Fest, Céline Monvoisin, David Roulois, Karin Tarte (last and corresponding author), Frédéric Mourcin, (first author), Marine Seffals - © L. Deleurme

En effet, depuis quelques années l'étude des cancers ne cible pas seulement les dérégulations internes des cellules cancéreuses mais aussi les modifications de leur microenvironnement. Dans le cas du lymphome folliculaire, auquel l’unité MICMAC s'intéresse, la niche tumorale est composée des cellules stromales : ce sont les cellules qui composent l’architecture des ganglions et des amygdales.

Extraire et étudier les tissus entourant la tumeur

Très allongées, ces cellules stromales sont ancrées dans les tissus et sont difficiles à extraire. Elles ne sont étudiées que depuis 5 ans chez la souris et les recherches en sont à leurs débuts chez l’être humain.

Karin Tarte et l'équipe de MICMAC ont développé une méthodologie de dissociation enzymatique pour extraire et trier les cellules, tout en les gardant vivantes. Ils travaillent sur des échantillons humains, obtenus lors des diagnostics des patients grâce au réseau LYSA. Ils ont identifié un marqueur, nommé CD49a, qui leur a permis de caractériser les populations de cellules stromales et de décrire les différents types de cellules stromales, chez les patients sains puis chez les patients atteints de cancer.

Des interactions entre les lymphocytes B et leur environnement

Les cellules stromales produisent des chimiokines, dont le rôle est notamment d’attirer et d’activer les lymphocytes B. L’équipe rennaise a mis en évidence que chez les malades, la chimiokine CCL21, est beaucoup plus présente que chez le sujet sain. Elle contribue ainsi à la diffusion des lymphocytes B tumoraux dans l’organisme, le lymphome étant une maladie disséminée dans tous les ganglions.

 

Ganglion cancéreux et amygdale saine vus en microscopie confocale - Les images du haut correspondent à la superposition des 3 images du bas. Chez le patient atteint de lymphome, la chimiokine CCL21 (en rouge) est beaucoup plus présente. Chez les patients sains, les lymphocytes B restent dans les parties vertes (bien visibles à droite). En cas de cancer, les lymphocytes B tumoraux sortent de ces zones et disséminent dans l’organisme (à gauche). - © MICMAC

Les chercheurs se sont aussi intéressés à l’inverse à la façon dont les cellules cancéreuses modèlent les cellules stromales. Ils ont notamment constaté la forte présence des facteurs TNF et TGF, des molécules qui déclenchent la production des chimiokines et donc favorisent la mise en place de la niche protumorale.

Perspectives

À long terme la compréhension de ces cellules stromales, de leur fonctionnement et de leurs interactions avec les cellules cancéreuses permet d'avancer dans la compréhension de la maladie. Cette compréhension contribue à améliorer les traitements, notamment l’immunothérapie.

Référence

Follicular lymphoma triggers phenotypic and functional remodeling of the human lymphoid stromal cell landscape
Frédéric Mourcin, Léa Verdière, David Roulois, Rada Amin, Claire Lamaison, Vonick Sibut, Brice Thamphya, Céline Pangault, Céline Monvoisin, Sarah Huet, Marine Seffals, Sylvain Baulande, Fatima Mechta-Grigoriou, Patricia Legoix, Delphine Rossille, Marion Guirriec, Simon Léonard, Guillaume Cartron, Gilles Salles, Thierry Fest, Karin Tarte
Immunity, 2021, ISSN 1074-7613 - DOI: 10.1016/j.immuni.2021.05.019

Collaboration

  • UMR 1236, Université Rennes, INSERM, Etablissement Français du Sang Bretagne, 35043, Rennes, France
  • Pôle Biologie, CHU Rennes, 35033 Rennes, France
  • Université Claude Bernard Lyon I, Equipe Lymphoma Immuno Biology, Equipe Labellisée par la Ligue Nationale contre le Cancer, 69921 Oullins, France
  • Hospices Civils de Lyon, Service d’hématologie biologique, 69395 Pierre-Bénite, France
  • UMS Biosit, Core Facility H2P2, Université Rennes, INSERM, CNRS, Rennes, 35043, France
  • Institut Curie Genomics of Excellence (ICGex) Platform, Institut Curie Research Center, PSL Research University, 75005, Paris, France
  • Institut Curie, Stress and Cancer Laboratory, Equipe Labellisée par la Ligue Nationale contre le Cancer, PSL Research University, 26, rue d’Ulm, 75248 Paris, France
  • Department of Hematology, CHU Montpellier, 34000, Montpellier, France
  • Lymphoma Service, Memorial Sloan Kettering Cancer Center, New York, NY, USA

Article rédigé par Alice Vettoretti - Plume & Sciences