Attention à la représentation de notre impact sur le cycle de l'eau !

Nous prélevons maintenant plus de la moitié de l’eau qui s’écoule dans les rivières du globe. Or l'écrasante majorité des schémas représentant le cycle de l'eau fait l'impasse sur notre impact et notre totale dépendance vis-à-vis de cette ressource vitale. Cette absence donne un sentiment de fausse sécurité, en pleine crise mondiale de l'eau. Découvrez les nouveaux schémas proposés entre autres par des scientifiques issus de Géosciences Rennes/OSUR, en "une" de Nature Geoscience (10 juin 2019).

Détail d'une illustration du cycle de l'eau par Dianne Conner
  1. Une omission risquée
  2. En trois temps : nouvelles représentations du cycle de l'eau
  3. Référence

Une omission risquée

Une collaboration internationale regroupant notamment des chercheurs des Etats-Unis, de France et du Royaume-Uni a passé en revue les dernières estimations concernant les réservoirs et les flux affectant le cycle de l’eau. Les scientifiques ont analysé plus de 80 articles sur le sujet. Ces études démontrent toutes que l’impact humain sur la ressource en eau est désormais omniprésent : les êtres humains prélèvent maintenant plus de la moitié de l’eau qui s’écoule dans les rivières du monde entier, soit 24 000 km3 par an. Cette eau sert essentiellement à l’élevage d’animaux pour la consommation de viande, notamment via la mise en culture de céréales et de fourrages pour l’alimentation animale.

Dans le même temps, l’étude a analysé plus de 450 représentations du cycle de l’eau dans 12 pays différents. Les auteurs ont trouvé que 85% de ces schémas ne représentaient aucun des impacts dus aux interventions humaines sur le cycle de l’eau, et que seulement 2% montraient l’impact du changement climatique ou de la pollution des eaux. Or ces facteurs sont les deux principales causes de la crise mondiale actuelle concernant nos ressources en eau.

« Nos représentations actuelles restent prisonnières d’une vision exclusivement ʺnaturelleʺ du cycle de l’eau, héritée du XVIIe siècle, particulièrement inadaptée pour penser la résolution des crises majeures qui pèsent sur nos ressources à l’ère de l’anthropocène » souligne Jean Marçais.

"Si la représentation du cycle de l’eau est fausse, il est difficile ensuite pour les décideurs et les citoyens de se rendre compte des enjeux et des problèmes que la ressource en eau peut générer », renchérit Gilles Pinay.

En trois temps : nouvelles représentations du cycle de l'eau

Les scientifiques ont donc dessiné en trois temps un nouveau type de représentation du cycle de l’eau, adaptée aux enjeux du XXIe siècle. Ces représentations décrivent des processus plus complexes : lien entre usage des sols et précipitations, changements dus à la fonte des glaciers, à la pollution des eaux ou à la montée des océans. Accessibles au grand public et aux scolaires, elles s'éclairent mutuellement.

"Ces nouvelles représentations décrivent et représentent la crise de l’eau actuelle. C'est une première étape, essentielle pour la prise de conscience généralisée de l'urgence de cette question", conclut Jean Marçais.

Référence

Human domination of the global water cycle absent from depictions and perceptions
Benjamin W. Abbott, Kevin Bishop, Jay P. Zarnetske, Camille Minaudo, F. S. Chapin III, Stefan Krause, David M. Hannah, Lafe Conner, David Ellison, Sarah E. Godsey, Stephen Plont, Jean Marçais, Tamara Kolbe, Amanda Huebner, Rebecca J. Frei, Tyler Hampton, Sen Gu, Madeline Buhman, Sayedeh Sara Sayedi, Ovidiu Ursache, Melissa Chapin, Kathryn D. Henderson & Gilles Pinay
Nature Geoscience volume 12, pages 533–540 (2019)