Dépression post-partum : où en est la recherche en neurobiologie ?

L’amour d’une jeune mère pour son enfant nouveau-né apparaît comme une évidence... Et pourtant, plus d’une femme sur dix souffre d’anxiété ou de dépression post-partum, c’est-à-dire juste après l’accouchement. Or, jusqu’à présent, seule une vingtaine d’études scientifiques en neuroimagerie fonctionnelle chez l’humain ont été consacrées à ces troubles qu’il est important de mieux prendre en compte, en raison des conséquences qu’ils peuvent entraîner. Une chercheuse de l’IRSET a fait le bilan de ce que l’on sait aujourd’hui sur ces deux troubles psychologiques, et sur la manière dont ils modifient l’activité de zones bien précises du cerveau. Son article vient de paraître dans la revue Trends in Neurosciences.

Dépression post-partum : où en est la recherche en neurobiologie ?
  1. L’anxiété et la dépression postpartum, des troubles fréquents
  2. La dépression post-partum se reconnaît à une signature cérébrale spécifique
  3. Une recherche nécessaire
  4. Présentation de Jodi Pawluski
  5. Référence

L’anxiété et la dépression postpartum, des troubles fréquents

Les symptômes d’une dépression post-partum (DPP) sont similaires à ceux d’une dépression classique : perte d’appétit, profond sentiment de tristesse, forte agitation et altération de la concentration. La DPP se distingue de l’anxiété post-partum qui se caractérise par une préoccupation excessive et une inquiétude incontrôlable envers le nouveau-né, de l’impulsivité et des pensées négatives. Touchant au moins 10% des mères, cette anxiété post-partum est estimée tout aussi répandue que la DPP, les deux troubles pouvant parfois coexister.

Ces troubles post-partum affectent évidemment la mère, mais aussi le nourrisson, et donc par conséquent les interactions familiales et le devenir de l’enfant. Dans les cas les plus extrêmes, heureusement très rares, ils peuvent aboutir à un infanticide ou au suicide de la mère.

La dépression post-partum se reconnaît à une signature cérébrale spécifique

Des images de type IRM ont été obtenues avec le concours de patientes souffrant d’anxiété et/ou de dépression post-partum. Elles montrent que les principales régions cérébrales affectées sont également impliquées dans les soins maternels, la motivation, la régulation du stress, l’empathie et l’émotion.

De manière globale, les études cliniques ont observé que l’activité neuronale chez les femmes atteintes de DPP met en jeu un modèle différent de celle des personnes atteintes de dépression majeure (laquelle peut survenir à toutes les périodes de la vie).

Ces troubles altèrent ainsi de manière différenciée l’activité de zones cérébrales précises, altération associée à des modifications de comportement spécifiques.

Activité cérébrale selon les troubles de dépression post-partum, majeure et anxiété. Ilustration de Maayan Harel.

Par exemple, l’amygdale, une région du cerveau située dans le lobe temporal, est très active chez les personnes anxieuses et dépressives, alors qu’elle l’est moins chez une femme souffrant de DPP. De même, le cortex insulaire est plus actif chez des individus souffrant de dépression majeure ou d’anxiété. Au contraire, chez une mère atteinte de DPP, son activation diminue en réponse aux signaux d’un nourrisson.

Une recherche nécessaire

Sur ces sujets, la majorité des études utilisent le modèle animal tandis qu’une vingtaine de publications scientifiques seulement portent sur l’étude de cas humains. Or les troubles neuropsychologiques dont il est question affectent de 10 à 20% des jeunes mamans et représentent un enjeu important de santé publique, à un moment particulièrement délicat de la vie de la femme et de l’enfant.

Pour se faire une idée de l’impact économique de ces affections, on peut citer une étude menée sur un périmètre un peu plus large au Royaume-Uni : les chercheurs ont évalué le coût pour le pays des affections mentales périnatales, c’est-à-dire liées à la période correspondant à la grossesse et à la première année après la naissance. L’étude avance le chiffre de 8,1 milliards de livres (9,5 milliards d’euros) pour l’ensemble des naissances sur un an. D’après cette étude, 72% de ces coûts sont engendrés par les conséquences à long terme pour l’enfant.

Pour toutes ces raisons, il apparaît que ces troubles nécessitent des recherches approfondies afin d’en mieux comprendre les mécanismes sous-jacents. L’objectif à terme est bien sûr d’améliorer leur prise en charge et leur reconnaissance par la société.

C’est d’ailleurs avec l’objectif d’apporter des pistes pour de futures études que Jodi Pawluski, chercheuse à l’Irset, a mené ces travaux avec ses collègues de l’université de l’Etat du Michigan (É.-U.) et de l’Université de Toronto-Missisauga (Canada).

 

Jodi Pawluksi. - © UR1/Dircom/JLB

Présentation de Jodi Pawluski

« Je suis arrivée à l’Irset en Mars 2016 comme postdoctorante pour poursuivre le travail que j’avais entrepris avec le professeur Thierry Charlier sur les antidépresseurs (et maintenant sur le glyphosate) : je cherche à déterminer l’effet de ces substances sur la différenciation sexuelle aux niveaux cérébral et comportemental. Mes travaux s’inscrivent dans le cadre des recherches de l’Irset, très fortement impliqué dans l’étude des conséquences d’une exposition à différents facteurs chimiques présents dans l’environnement, tels que solvants, médicaments ou pesticides. En parallèle, j’étudie l’effet sur les jeunes mères de la maternité, des troubles liés au stress maternel et des antidépresseurs que l’on utilise pour traiter ces affections. Il est crucial de comprendre l’interaction mère-enfant quand on étudie tout type d’effet lié aux expositions périnatales. Mes travaux sont en partie financés grâce à une bourse d’une fondation américaine et une autre de la Région Bretagne. »

Référence

The Neurobiology of Postpartum Anxiety and Depression
Jodi L. Pawluski, Joseph S. Lonstein, Alison S. Fleming.
doi : 10.1016/j.tins.2016.11.009