Cancer du foie : vers une nouvelle compréhension de la diversité des tumeurs

Une avancée obtenue par des chercheurs de l'institut rennais NuMeCan (Nutrition, Métabolisme et Cancer) éclaire des mécanismes à l'origine de la diversité des carcinomes hépatocellulaires. Ce résultat apporte un nouvel outil aux médecins pour prédire l'évolution de ce type de cancer dont l'incidence a doublé dans les vingt dernières années. Publication dans la revue Hepatology (nov. 2017)

Images : O.Musso/NuMeCan/Inserm
  1. La collaboration
  2. Référence

Parmi les cancers, ceux qui affectent le foie (dénommés "carcinomes hépatocellulaires", ici CHC) sont la troisième cause de mortalité. Actuellement, le choix des stratégies thérapeutiques s’appuie sur le nombre, la taille des tumeurs, l’invasion des vaisseaux sanguins et l’état général du patient. Cependant, l’hétérogénéité des CHC est telle que l’agressivité de deux tumeurs de taille égale peut être complètement différente.

Comment mieux la prédire ? En se fondant sur une classification moléculaire. Les dernières avancées en génomique ont déjà permis d’identifier deux groupes : les tumeurs prolifératives et non prolifératives. Ces dernières sont les plus différenciées, c’est-à-dire qu’elles conservent certaines caractéristiques des cellules dont elles sont issues.

En analysant les données issues de près de 1 600 CHCs, Orlando Musso et l'équipe rennaise de l'unité 1241 Inserm/Inra/UnivRennes 1 NuMeCan ont montré que les tumeurs différenciées préservent la zonation métabolique du foie normal. En effet, hors maladie, les cellules du foie (hépatocytes) ne sont pas toutes réellement identiques : celles qui sont proches des veines "portes" du foie (hépatocytes périportaux) assurent la synthèse du glycogène, c'est à dire le contrôle du métabolisme du glucose, tandis que ceux proches des veines centrales interviennent dans le métabolisme des médicaments et autres substances potentiellement toxiques.

Ainsi, les CHC qui préservent les caractéristiques des hépatocytes périportaux ont un meilleur pronostic que l’ensemble des autres CHCs. De plus, l’expression particulière de huit gènes permet de les identifier. Ces résultats devraient permettre de mieux adapter la prise en charge des patients, dans un contexte où l’incidence de ces cancers a déjà doublé en 20 ans et devrait encore augmenter.

Schéma

Légende - L’hétérogénéité des CHCs dessine un spectre qui part des tumeurs les moins agressives préservant les caractéristiques métaboliques du foie normal (axe vertical), passe par des tumeurs qui développent une matrice extracellulaire complexe avec une agressivité intermédiaire, jusqu’aux tumeurs les plus agressives, enrichies en cellules souches cancéreuses (axe horizontal).

La collaboration

Cette avancée est le fruit d’un effort commun de l’équipe rennaise avec les équipes de Christine Perret à l’Institut Cochin et de Kim-Anh Lê Cao à l’Université de Queensland en Australie, la plateforme d’Histopathologie Haute Précision (H2P2) de BIOSIT et le Centre de Ressources Biologiques Santé du CHU de Rennes. Soutiens financiers : Inserm, Université de Rennes 1, ANR, INCA, FRM et Région Bretagne dans le cadre des travaux de doctorat de Romain Désert, premier auteur de l'article.

Montage d'image

Légende du montage d’images - Comprendre et modéliser l’hétérogénéité des CHCs humains. De gauche à droite : bloc de paraffine contenant un microarray de tissus tumoraux ; coupe de tissu montrant 3 zones d’une même tumeur : les protéines GLUL (marqueur de métabolisme péri-veineux) et HAL (marqueur de métabolisme péri-portal) coexistent dans une même tumeur, plateforme H2P2, BIOSIT ; modélisation de l’hétérogénéité tumorale in vitro, coexistence de cellules tumorales qui préservent les caractéristiques des hépatocytes (rouge, albumine) avec celles qui développent un phénotype de fibroblastes (vert, collagène IV), plateforme ImPACcel, BIOSIT ; métabase de 1133 CHCs humains avec 4 sous-classes de tumeurs.

Référence

Human hepatocellular carcinomas with a periportal phenotype have the lowest potential for early recurrence after curative resection
Désert, R., Rohart, F., Canal, F., Sicard, M., Desille, M., Renaud, S., Turlin, B., Bellaud, P., Perret, C., Clément, B., Lê Cao, K.-A. and Musso, O.
Hepatology, 66: 1502–1518. doi:10.1002/hep.29254

Ces résultats ont fait la couverture de la revue Hepatology de novembre 2017, ainsi que l'objet de son éditorial.

[Le présent article prend pour base une brève parue dans la revue ScienceSanté éditée par l'Inserm - n°38 - nov./dec. 2017, p.9]