Mobilité, coopération, partenariat... Quelles conséquences du Brexit pour l'université ?

Les Britanniques se sont prononcés pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Ce lundi 27 juin 2016, Pierre van de Weghe, vice-président Relations internationales de l'université, livre son analyse sur les conséquences du Brexit pour l'enseignement supérieur et la recherche, et pour Rennes 1 en particulier.

L'université d'Exeter au Royaume-Uni
  1. Vous rentrez du séminaire du réseau des vice-présidents Relations internationales des Universités. Vous avez pu échanger autour des conséquences du Brexit avec vos homologues ?
  2. Quelles pourraient être ces conséquences sur la mobilité étudiante ?
  3. Quels sont les liens actuels en matière de recherche et de formation entre l'Université de Rennes 1 et le Royaume-Uni ?
  4. Quels pourraient être les effets du Brexit pour la coopération scientifique ?
  5. Les relations partenariales de Rennes 1 avec le Royaume-Uni en bref

Vous rentrez du séminaire du réseau des vice-présidents Relations internationales des Universités. Vous avez pu échanger autour des conséquences du Brexit avec vos homologues ?

Pierre Van de Weghe : Le résultat de ce référendum est un vrai choc. Les universités du Royaume-Uni, pour la formation comme pour la recherche, seront fortement impactées par ce résultat dans les années à venir. La communauté universitaire anglaise a évalué le coût de cette sortie de l'Union Européenne à près d'un milliard de livres pour l'enseignement supérieur et la recherche (lire aussi une évaluation très documentée de la Royal Society sur les conséquences possibles du Brexit).
Il est également fort probable que les groupes de recherche anglais soient freinés dans leurs coopérations avec les collègues des pays membres de l'union européenne.

Pierre van de Weghe, vice-président Relations Internationales de l'Université de Rennes 1

Quelles pourraient être ces conséquences sur la mobilité étudiante ?

PVW : Bien évidemment, il est encore beaucoup trop tôt pour connaître toutes les conséquences de ce résultat. Cette sortie ne sera pas immédiate, même s'il semble à ce jour que les pays de l'Union souhaitent que cela soit rapide.

Mais il faut rassurer tout de suite nos étudiants. S'ils ont prévu une mobilité Erasmus au Royaume-Uni pour l'année 2016-17, celle-ci ne sera pas remise en cause.

Il est cependant possible que l'effet du Brexit sur les mobilités des étudiants se fasse ressentir dans les années à venir. S'il est très difficile de savoir aujourd'hui s'il y aura des conséquences sur la mobilité étudiante, on peut penser que d'ici deux ans, la sortie soit effective, signifiant la fin du programme Erasmus. Ce programme pourrait être cependant maintenu si, lors des négociations entre l'Europe le Royaume-Uni, les britanniques font le choix de le financer.

Mais il subsiste d'autres questions importantes comme la reconnaissance des diplômes, les frais d'inscription dans les universités, l'entrée dans le pays etc. Cela est très bien résumé dans un article de L'étudiant (et aussi ici, en anglais).
Comme je le disais un peu avant, pour la rentrée 2016-17, il ne faut pas nourrir d'inquiétude : les mobilités, comme nous les connaissons aujourd'hui, seront maintenues.

Quels sont les liens actuels en matière de recherche et de formation entre l'Université de Rennes 1 et le Royaume-Uni ?

PVW : Nous sommes engagés avec plusieurs établissements anglais via des accords Erasmus qui nous permettent d'organiser des échanges d'étudiants dans d'excellentes conditions. On dénombre un peu plus de 20 accords Erasmus avec 18 universités britanniques différentes. Nous sommes également liés à l'université d'Exeter par un accord-cadre très ancien (1979) qui se concrétise par un double-diplôme, le Magistère juriste d'affaires franco-britannique.
Nous envoyons ainsi chaque année une trentaine d'étudiants au Royaume-Uni via des mobilités inscrites dans nos accords Erasmus et, en moyenne, une cinquantaine d'étudiants rennais et anglais sont en mobilité dans le cadre du double-diplôme avec Exeter.

Côté recherche, les échanges sont nombreux de part et d'autre de la Manche avec six thèses en co-tutelles depuis 2012 et l’existence d'un laboratoire international associé entre l'Institut de sciences chimiques de Rennes et le département de chimie de l'université de Durham.
En ce qui concerne les enseignants-chercheurs, les mobilités ne sont pas à négliger également. Sur l'année universitaire 2014-15, ce sont 15 de nos collègues qui s'y sont rendus, soit pour des missions d'enseignements, soit pour des activités de recherche. Sur la même période, neuf collègues britanniques sont venus à Rennes pour une mission d'enseignement.

Quels pourraient être les effets du Brexit pour la coopération scientifique ?

PVW : Le LIA MMC Molecular Materials and Catalysis avec l'Université de Durham résulte d'un accord bilatéral et est donc nullement concerné par le résultat du référendum de jeudi dernier. Reste maintenant à connaitre le rythme des négociations sur la sortie, et en particulier du contenu des échanges sur la participation comme pays tiers du Royaume-Uni dans le programme H2020. Pour y participer, le Royaume-Uni devra contribuer financièrement. L'exemple de la relation entre l'Union Européenne et la Suisse est intéressant : certaines actions comme les ERC Grants sont ouvertes à la Suisse, d'autres actions non.

Quoi qu'il en soit, il faut garder en tête que c'est un processus assez lent qui s'engage et que la part des négociations sera importante sur les effets du Brexit dans l'enseignement supérieur et la recherche. Nos relations avec les universités du Royaume-Uni évolueront en fonction de l'avancée de ces négociations. N'oublions que nous pourrons toujours coopérer avec nos amis britanniques via la mise en place d'accords, de la même façon que nous le faisons déjà avec les pays hors Europe.

Les relations partenariales de Rennes 1 avec le Royaume-Uni en bref

  • 23 accords de coopération avec 18 universités britanniques
  • 2 formations à l'international : Magistère juriste d'affaires franco-britannique et Europubhealth, Master européen en santé publique
  • 59 étudiants de Rennes 1 sont partis au Royaume-Uni cette année dans le cadre d'une mobilité encadrée
  • 25 étudiants britanniques sont accueillis en moyenne chaque année à Rennes 1 (mobilité encadrée)
  • 6 partenariats de recherche en cours
  • 6 thèses en cotuelle entre 2012 et 2016
  • 15 missions d'enseignants de Rennes 1 au Royaume-Uni en 2014-15, soit 195 jours de mission
  • 9 missions d'enseignants britanniques à Rennes 1 sur la même période, soit 68 jours.