Pour bien vulgariser, bien choisir sa pâte à modeler

En choisissant la technique de l'animation en volume (stop motion) pour réaliser "En État de thèse", leur court-métrage de vulgarisation scientifique, Lisa Chedik et Dominique Mias-Lucquin se sont attelés à un travail minutieux requérant beaucoup de patience et de nombreux cycles essai-erreur-amélioration. Ils ont été récompensés par le 1er prix du jury et par le prix du public lors du Festival Sciences en cour[t]s 2017.

Plateau de tournage du court-métrage "En État de thèse" - Crédit : D. Mias-Lucquin et L. Chedik
  1. L'animation en elle-même
  2. Le temps nécessaire à la réalisation de l'ensemble

L'animation en elle-même

Q : Concrètement, comment avez-vous réalisé votre travail d'animation en volume ?

Lisa Chedik, (doctorante à l'Institut de recherche santé, environnement, travail - IRSET) : "Dès le départ, nous avons voulu partir sur un mélange de prises de vues réelles et d'animation. Nous y avions réfléchi depuis l’année dernière, en faisant quelques tests, et en regardant des documentaires tels que “Les leçons du Professeur Kouro” (ARTE) et des clips sur Youtube...

Nous avons acheté toutes sortes de pâtes à modeler (il nous en reste d'ailleurs un bon 1 kilo chez nous), puis nous avons commencé à modeler notre personnage. Nous nous sommes vite rendu compte que le défi résidait surtout dans le fait de faire tenir le thésard debout. C’est franchement pas évident !

Nous avons réalisé un premier “thésard” avec une structure en fil d’aluminium (plus léger que le fil de fer). Il nous fallait un squelette en dur : pour le construire, nous avons déposé de la pâte durcissante au niveau des parties non mobiles pour pouvoir le faire marcher. La tête restait la plus grosse partie de la structure, et avait tendance à faire basculer notre personnage à cause de son poids. Nous avons donc fabriqué la tête en feuille d’aluminium pour ne pas trop l’alourdir. Quand nous avons réussi à obtenir une structure stable, il ne restait plus qu'à recouvrir le tout avec de la pâte à modeler classique, rouge pour le t-shirt et bleue pour le jean. Et nous n'étions pas peu fiers : nous tenions notre personnage principal!

Sauf qu’après quelques jours, notre héros s'était complètement craquelé : la pâte à modeler avait séché… Là, nous avons eu vraiment eu peur de pas réussir à tourner notre film avec cette technique.

Mais finalement, après avoir pris conseil auprès de personnes plus expérimentées, nous avons compris qu'il fallait investir dans une pâte à modeler professionnelle qui ne sèche pas, la plastiline. Nous en avons acheté 1 kilo, mais nous en avons perdu pas mal : la moindre saleté se voit, et les doigts laissent des traces ! Et puis les coloris de plastiline sont très limités : il a fallu trouver des astuces pour que nos personnages ne soient pas trop monochromes. C’est pour cela que le personnage du thésard est recouvert de feutrine, et que les autres sont dotés de beaucoup d’accessoires. D’ailleurs, entre nous, la feutrine... mauvaise idée : comme elle peluche beaucoup, elle "salit" la pâte à modeler !

Tous ces accessoires (les bouches du thésard, les yeux, les langues, une partie des décors) ont été réalisés en pâte FIMO, durcie après cuisson au four et donc plus pratique à manipuler. Et il nous a fallu des dizaines de fournées pour obtenir enfin des paires d’yeux à peu près identiques par exemple, ou pour faire tenir debout la bibliothèque que j’avais imaginée pour la salle de réunion.

Cela nous a pris un temps considérable, sans compter qu'il fallait tout ré-expliquer à chacun de nos invités, quand il découvraient toutes ces paires d’yeux et des casques de chantier creusés dans des coquilles de noix !"

 
Le décor et les personnages du court-métrage "En État de thèse" - © L. Chedik et D. Mias-Lucquin

Le temps nécessaire à la réalisation de l'ensemble

Q. Combien de temps avez-vous passé sur les différentes étapes ?

Dominique Mias-Lucquin (doctorant à l'Institut de génétique et développement de Rennes - IGDR) : Pour donner une idée, nous avons passé deux ou trois week-end sur les accessoires et sur les décors en carton. Pour le tournage de la pâte à modeler, nous y avons passé deux jours. Question photographie de notre scène, nous avons tout appris sur le tas et pour nous, ça se voit... Par exemple, la fin, qui a été tournée d'abord, est moins propre que le reste : on voit encore des traces de doigts, des tapis qui bougent d'une prise de vue à l'autre, etc.

Heureusement, nous avons pu nous procurer deux appareils photos, ce qui nous a grandement aidés, puisqu'on peut saisir la scène sous deux points de vues, en même temps (c'est parfait pour préparer le montage, mais aussi pour choisir l'angle le plus flatteur). Enfin, comme les photos ont une définition bien plus élevée que le film, il nous était possible de recadrer ou de zoomer pendant le montage.

Justement, le montage. La partie filmée classiquement avec des personnages réels a été traitée assez rapidement, pour ce qui concerne le choix des "rushes" et le montage. En revanche, la partie à animer image par image nous a demandé un mois et demi de montage, en travaillant le soir quand nous le pouvions. Sur ce plan-là aussi, nous avons tout appris, mais le frère de Lisa est vidéaste et il nous a donné de nombreux conseils.

 

Le tournage d'une séquence en prise de vue réelle à l'IGDR, avec la complicité de Marion Laillé - © L. Chedik et D. Mias-Lucquin