La vulgarisation, une histoire d'écriture... et de relectures !

Comment expliquer efficacement son sujet de thèse en un très court-métrage de 5 minutes ? Comment être à la fois divertissant et rigoureux, détendu et juste, simple et précis, court et complet ? Dominique Mias-Lucquin et Lisa Chedik, tous deux doctorants à l'université de Rennes 1, ont été lauréats du 1er prix du jury et du prix du public du Festival Sciences en Cour[t]s 2017. Ils expliquent comment ils ont réussi ce pari grâce à un long travail d'écriture de script... et de relecture.

Capture du film "En Etat de thèse" - Crédit : D. Mias-Lucquin, L. Chedik
  1. La forme et le genre orientent le scénario
  2. Étape fondamentale : prendre en compte les relectures répétées par des tiers

La forme et le genre orientent le scénario

Dominique Mias-Lucquin (doctorant à l'Institut de recherche en génétique et développement de Rennes) : avec ma co-réalisatrice Lisa, nous avons réfléchi depuis l’été 2016 au scénario du court-métrage que nous allions présenter au festival en mai 2017.

Lisa Chedik (doctorante à l'Institut de recherche en santé, environnement, travail) : Dès le départ, nous avons voulu partir sur de la pâte à modeler, pour la grande liberté qu'offrait le support, mais aussi pour traiter d’une maladie grave sans tomber dans la morosité. Naturellement nous avons choisi la fiction, car nous voulions essayer d'emmener le spectateur en expédition au cœur du muscle, un peu dans le style des épisodes d' "Il était une fois la vie” ou du film “L’aventure intérieure”. Pour coller à cette envie de fiction/aventure, il a fallu prendre du recul sur le sujet, "dézoomer" en quelque sorte. Nous ne pouvions pas écrire une aventure basée directement sur un geek devant son ordinateur, même si c'est à cela que ressemble le quotidien de Dominique... au point que nous avons pensé à nous inspirer de Tron !. Il était donc indispensable de remettre les notions en contexte. Nous avons voulu commencer par présenter “le doctorant”, puis nous enfoncer de plus en plus vers le cœur du sujet, pour finir sur l’explication du design moléculaire.

Étape fondamentale : prendre en compte les relectures répétées par des tiers

DML : Une part importante du travail a consisté à faire relire le scénario à des collègues (pour vérifier que nous n'avions pas dit de bêtises), mais aussi à des personnes complètement étrangères à notre domaine (pour vérifier que notre message était compris). En effet nous avons cette tendance, nous doctorants, à utiliser des termes techniques sans forcément nous en apercevoir. Nous oublions facilement que notre famille, nos amis, voire nos employeurs (dans mon cas l'AFM-Téléthon qui finance mon travail de thèse), ne connaissent pas tout cela, au moins dans le détail.

LC : Le sujet de Dom est loin d’être facile à appréhender, et 5 minutes c’est très court. On aurait pu partir d’une présentation de la dystrophine et enchaîner en profondeur sur la modélisation moléculaire. Mais dans ce cas, nous ne nous serions adressés qu’aux personnes ayant de bonnes bases scientifiques, et ce n’était pas le but ! Nous avons vraiment voulu inclure tout le monde, histoire que toutes les personnes qui verraient notre film puissent tout comprendre de notre discours, quelles que soient leurs connaissances scientifiques initiales. Et ce, quitte à consacrer un temps conséquent à l'exposition du contexte.

Nous sommes donc repartis de la base : la cellule, son rôle, ses constituants. Après avoir expliqué le sujet à des personnes non scientifiques, nous nous sommes rendu compte que le concept gène-protéine méritait par exemple plus d’explication, tandis que d’autres parties non essentielles gênaient la compréhension. Beaucoup de blagues qui ralentissaient le rythme ont ainsi été coupées au montage (vivement la sortie de notre court en version "Director’s cut" !).

Nous avons beaucoup échangé avec une amie journaliste qui portait un regard très perçant sur la forme et sur le fond et qui a repéré par exemple des enchaînements trop rapides ou des raccourcis que nous faisions sans nous en apercevoir. Nous ne disposons que de cinq minutes, chaque idée doit s'enchaîner avec fluidité. Ces échanges ont été fondamentaux pour nous.

Pour résumer, comme nous avions beaucoup réfléchi au scénario, nous savions déjà ce que nous allions dire ; avec le concours de cette amie journaliste, nous avons assez facilement pu aboutir à une bonne manière de le dire.

Lisa Chedik se réfère au scénario durant le tournage - © D. Mias-Lucquin/L. Chedik