Une fourmi de (presque) 1 cm, avec une corne sur la tête ?

ça existait... il y a 99 millions d'années. Ce fossile spectaculaire vient d'être décrit par une équipe internationale de paléontologues, conduite par un enseignant-chercheur de l'université de Rennes 1. Sa morphologie extrême suggère que cette "fourmi-licorne" primitive chassait en solitaire, à l'image de certaines de ses descendantes actuelles. Publication dans la revue Current Biology.

Dessin réalisé d après les fossiles
  1. La fourmi-licorne, prédatrice solitaire du Crétacé
  2. À morphologie extrême, comportement remarquable
  3. Références

La fourmi-licorne, prédatrice solitaire du Crétacé

Moins de 10 mm de long, mais des mandibules surdimensionnées en forme de faucille et, surtout, la présence extraordinaire d'une corne frontale spatulée inconnue chez toutes ses congénères : voici à quoi ressemblait, il y a 99 millions d'années, cette fourmi d'une nouvelle espèce, baptisée Ceratomyrmex ellenbergeri (Fourmi à corne d'Ellenberger). Au contact d'une proie, les puissantes mandibules se relevaient d'un coup, piégeant leur victime contre la corne spatulée. Les chercheurs pensent que cet impressionnant arsenal permettait à la fourmi-licorne de chasser en solitaire et de s'attaquer à des proies de taille considérable pour elle.

Ce sont en tout quatre fossiles qui ont été découverts par des mineurs locaux dans des gisements d'ambre situés dans le nord du Myanmar (ex-Birmanie). L'ambre est une résine fossile sécrétée par des conifères. Après avoir emprisonné ces insectes il y a près de 100 millions d'années, il les a conservés jusqu'à nos jours.

C'est l'un de ces échantillons qui a livré la fourmi-licorne décrite pour la première fois par l'équipe de paélontologues conduite par Vincent Perrichot, maître de conférences à l'université de Rennes 1. V. Perrichot mène ses recherches au laboratoire Géosciences Rennes (unité mixte de recherche CNRS/UR1, membre de l'Observatoire des sciences de l'Univers de Rennes).

À morphologie extrême, comportement remarquable

Mais comment les paléontologues ont-ils pu faire des hypothèses sur le comportement de la fourmi-licorne et déduire, simplement en observant son fossile, qu'elle chassait en solitaire plutôt qu'en groupe ?

Depuis des débuts modestes au Crétacé inférieur, vraisemblablement vers 120-130 millions d'années, les fourmis se sont largement diversifiées jusqu'à devenir aujourd'hui les insectes sociaux les plus abondants (on dénombre plus de 13 000 espèces actuelles), présents dans la plupart des écosystèmes terrestres. Leur succès écologique est généralement attribué à leur comportement social remarquable. Toutes les fourmis sont sociales et vivent en colonies variant de quelques dizaines à plusieurs millions d'individus. En revanche, toutes ne coopèrent pas à des activités en groupe, et certaines des prédatrices les plus efficaces chassent en solitaire, armées de puissantes mandibules capables de se refermer très rapidement sur leurs proies (les anglo-saxons parlent de "trap-jaw ants").

Des études récentes sur l'évolution des fourmis ont suggéré que les précurseurs des lignées actuelles vivaient en petites colonies de prédatrices spécialisées et chassant en solitaire, mais aucun fossile n'était venu étayer cette hypothèse jusqu'à présent (les fossiles crétacés sont rares et la plupart ont une morphologie générale ne permettant pas de conclusions claires sur leur écologie).

Cette fourmi-licorne, primitive, peut être rattachée au type "trap-jaws". Elle vient ainsi conforter cette hypothèse et suggère que certaines des premières fourmis étaient spécialisées pour la prédation solitaire de larges arthropodes.

 

Références

À lire sur le site de l'OSUR : présentation complète de Ceratomyrmex ellenbergeri, et questions-réponses à Vincent Perrichot.

Article scientifique
Extreme morphogenesis and ecological specialization among Cretaceous basal ants.
Perrichot V., Wang B., Engel M.S., 2016.
Current Biology. doi:10.1016/j.cub.2016.03.075