« En mathématiques, une part importante des questions se résout par des discussions avec des collègues »

Créé en 2012 dans le cadre des Investissements d’Avenir, le Centre Henri Lebesgue rassemble les mathématiciens de l’Ouest. Rencontre avec San Vũ Ngọc, professeur à l’Université de Rennes 1 et directeur du centre.

San Vũ Ngọc, directeur du Centre de mathématiques Henri Lebesgue (LabEx). Photo Laurent Guizard
  1. Le Labex Centre Henri Lebesgue (CHL) rassemble une grande diversité de disciplines mathématiques. Pourquoi ?
  2. En quoi consistent les « semestres thématiques » proposés par le CHL ?
  3. Et vous, quel est votre sujet de prédilection ?
  4. L’Agence Lebesgue de mathématiques pour l’innovation
  5. Le Centre Henri Lebesgue en bref

Le Labex Centre Henri Lebesgue (CHL) rassemble une grande diversité de disciplines mathématiques. Pourquoi ?

L’idée de la création du Centre Henri Lebesque était de fédérer la communauté des chercheurs en mathématiques de l’Ouest, sans se restreindre à un domaine. Nous voulions faciliter les interactions et la complémentarité entre Rennes et Nantes ; puis des laboratoires de Brest, Angers et Vannes ont rejoint l’aventure en 2015.

Géométrie algébrique ou différentielle, topologie, analyse, équations stochastiques (qui comportent des éléments aléatoires), statistiques… les sujets de recherche sont variés. Cette collaboration et cette diversité nous donnent une visibilité à l’international, et elle nous permet de proposer des formations qui attirent 300 à 400 candidats chaque année.

En quoi consistent les « semestres thématiques » proposés par le CHL ?

En mathématiques, une part importante des questions se résout par des discussions avec les collègues. C’est pourquoi nous organisons chaque année une dizaine de congrès, workshop ou écoles d’été, autour d’un thème. En 2015, il s’agissait de l'étude des équations aux dérivées partielles en temps longs : à certaines équations mathématiques, on sait démontrer une solution sur un court intervalle de temps… mais on ne sait pas ce que cela devient sur un temps plus long, par exemple pour l’écoulement d’un fluide. En 2016 il s’agira de statistiques, qu’elles soient appliquées à l’archéologie, au climat…

Et vous, quel est votre sujet de prédilection ?

Mes recherches – qui ne représentent qu’une petite partie de la diversité des travaux du CHL –, sont centrées sur la frontière entre la mécanique classique (celle qui décrit notre quotidien) et la mécanique quantique qui étudie le mouvement d’un électron autour du noyau d’un atome. Par exemple, étudier le déplacement d’une bille dans un bol peut donner une idée de ce qu’il se passe pour l’électron. Il ne s’agit pas des mêmes équations, mais cela nous donne des pistes. La mécanique quantique pourrait avoir des applications dans notre quotidien : par exemple, elle intéresse aujourd’hui les informaticiens, car la miniaturisation des systèmes électroniques nécessite de s’intéresser aux phénomènes qui se déroulent à très petite échelle.

L’Agence Lebesgue de mathématiques pour l’innovation

Fabriquer des compresseurs silencieux, modéliser la production d’une ferme éolienne, ou encore optimiser le remplissage d’un château d’eau… autant de questions qui se posent aux ingénieurs des entreprises et auxquelles les mathématiques peuvent apporter des solutions. Pour mieux développer les collaborations entre chercheurs et entrepreneurs, le Centre Henri Lebesgue ouvre en 2016 l’Agence Lebesgue de mathématiques pour l’innovation. Elle propose un guichet unique pour le Grand Ouest, afin d’identifier les compétences, aiguiller les entrepreneurs vers le spécialiste le plus adapté au problème et faciliter le développement de ces partenariats.

Le Centre Henri Lebesgue en bref

  • 298 chercheurs français et étrangers
  • 141 doctorants et post-doctorants
  • 7 à 9 événements par an depuis 2013
  • plus de 500 participants chaque année

Partenaires impliqués : Institut de recherche mathématique de Rennes (Irmar, UMR 6625), Laboratoire de mathématiques Jean Leray (LMJL, UMR 6629), Département de mathématiques, École normale supérieure de Rennes.

Porteurs du projet : Vũ Ngọc San (Irmar, Rennes 1) en coordination avec Arnaud Debussche (Irmar, ENS Rennes) et Benoît Grébert (LMJL, Nantes).