Avec la contribution des juristes rennais, l'EquipEx MATRICE explore la mémoire collective

Des chercheurs du laboratoire « Institut de l’Ouest : Droit et Europe » (Iode, CNRS/Université de Rennes 1) sont impliqués dans l’un des rares EquipEx dédiés aux sciences humaines et sociales.

Georges Fournier (à g.) et Philippe Pierre, juristes rennais collaborateurs de l’EquipEx MATRICE – Photo L. Guizard

Les événements marquants de l’Histoire, comme la Seconde Guerre mondiale ou le 11 septembre 2001,  imprègnent les mémoires collectives. Pour comprendre comment la mémoire de ces traumatismes collectifs se construit et influe sur le droit et les sociétés, des chercheurs, fondations et mémoriaux se sont associés pour fonder en 2011 l’EquipEx Matrice (Memory analysis tools for research through international cooperation and experimentations). Les partenaires du projet souhaitent confronter les témoignages individuels à la mémoire collective (presse, documentaires, livres d’histoire, etc.). Le projet s’étend ainsi des neurosciences qui se penchent sur les mécanismes de mémorisation du cerveau, aux mémoriaux qui présentent ces événements, en passant par le droit qui étudie les grand procès et l’indemnisation des victimes.

Analyser les témoignages et procès

Pour aborder ces questions de droit, Denis Peschanski, historien au CNRS à Paris et à l’initiative de l’EquipEx, a sollicité le laboratoire rennais Iode, alors dirigé par Philippe Pierre. Celui-ci s’est penché sur les questions de l’indemnisation des victimes. « Matrice est très pluridisciplinaire. Ainsi, des termes qui habituellement intéressent peu les juristes prennent dans ce contexte un autre sens », explique-t-il. Par exemple, les survivants des camps de concentration furent appelés « héros » à la fin de la guerre, mais sont depuis devenus des « victimes ».

Son collègue Georges Fournier, professeur émérite de l’Université de Rennes 1, s’intéresse lui au droit pénal et aux procès liés à ces événements. Il se lance en 2016 dans l’étude du procès de Bordeaux, qui a fait suite au massacre d’Oradour-sur-Glane. « Les documents ne sont accessibles à la consultation que depuis décembre 2015 », souligne Georges Fournier. Le chercheur se basera sur l’équipement informatique de Matrice, pour disposer d’une lecture plus « mécanique » des comptes-rendus de l’enquête et du procès. Les analyses porteront sur la sémantique (quels termes emploient la défense et l’accusation ? les témoignages révèlent-ils des éventuelles connivences entre les personnes ?) et sur les questions juridiques soulevées par cet événement. Ainsi, Georges Fournier et son équipe espèrent comprendre le fonctionnement de ce procès particulier, dans lequel les militaires allemands étaient en grande partie des Alsaciens enrôlés de force.

Plateforme technique informatique et capteurs d’eye-tracking

Des volumes considérables de documents (journaux papier et radio, minutes de procès, témoignages écrits, oraux et vidéo…) ont été collectés pour Matrice. L’Equipex comprend donc la création au sein de l’Ecole Polytechnique à Saclay d’un équipement informatique dédié. Celui-ci permet la transcription automatisée des documents oraux, le stockage des documents numérisés et leur analyse à l’aide de méthodes d’intelligence artificielle.

L’EquipEx a aussi financé des capteurs de mouvement oculaire. Utilisés au mémorial de Caen, ils permettent d’analyser la lecture des visiteurs de l’exposition.

MATRICE en bref

24 partenaires dont des laboratoires de recherche mais aussi des mémoriaux et des fondations

4 chercheurs de l’Université de Rennes 1 et des doctorants