Un lien parental fort favorise la naissance de poussins moins craintifs

Chez la caille japonaise, des chercheurs du laboratoire EthoS (UMR CNRS/Université de Rennes 1) ont montré que les poussins issus de couples aux liens resserrés et continus pendant la phase de ponte, qui dure 6 semaines, se montrent moins émotifs et plus motivés socialement que ceux issus de couples se rencontrant 5 minutes, une fois tous les 2 jours, sur cette même période.

Couple de cailles japonaises - Coturnix c. japonica - DR

Le développement du comportement d’un individu est fortement modelé par des influences parentales non génétiques qui peuvent intervenir avant et après sa naissance. Chez les oiseaux, le contenu hormonal de l’œuf va fortement affecter le comportement ultérieur du poussin avec des conséquences, par exemple, sur son émotivité ou ses comportements sociaux. Dans une étude publiée en décembre 2014 (Journal of Experimental Biology), des chercheurs du laboratoire EthoS se sont intéressés aux effets de l’existence d’un lien socio-sexuel entre un mâle et une femelle sur le comportement ultérieur de leur descendance.

Ils ont placé 60 cailles reproductrices dans deux situations différentes : soit en couple continu, mâle et femelle restant ensemble pendant toute la phase de ponte (six semaines) ; soit en couple non continu, mâle et femelle étant séparés et ne se rencontrant qu’une fois tous les deux jours pendant 5 minutes pour assurer la fertilisation des œufs.

Les couples « continus » ont montré des liens serrés (brièvement séparés, les oiseaux manifestaient une importante détresse, courant autour de leur cage, étirant le cou à la recherche de leur partenaire et l’appelant, mais se calmant dès son retour. Sans surprise, les couples « non continus » ne montraient pas un tel stress.

À l’issue des six semaines, une analyse hormonale du vitellus (ou jaune d’œuf) a été réalisée sur une partie des œufs récoltés, tandis que les œufs restants étaient placés en incubation artificielle pour faire naître les poussins.

Si les niveaux de stéroïdes (testostérone et androstenédione) présents dans les œufs ne diffèrent pas selon le type de couple, une série de tests effectués sur les poussins révèle que ceux issus de couples continus sont moins émotifs et plus motivés socialement que ceux issus de couples non continus. Ils manifestent beaucoup moins de peur, par exemple lorsqu’ils sont placés dans un espace ouvert, ou s’ils sont placés devant un objet inconnu.

Ainsi, l’existence d’un lien de couple au sein de la paire reproductrice va affecter de façon non génétique le développement comportement de la descendance via probablement des différences dans les caractéristiques des œufs. Ces travaux mettent en évidence l’importance de l’environnement socio-sexuel de l’animal dans les effets parentaux prénataux.