Étude épigénétique des lymphocytes B : éclairer l'origine des lymphomes

En cas d'anomalie, le développement complexe des lymphocytes B peut évoluer vers une grande variété de tumeurs cancéreuses. Une étude fine des marqueurs épigénétiques des lymphocytes B en cours de maturation éclaire les premiers stades d'apparition des lymphomes. Contribution de deux chercheurs de l'unité MICA (Inserm/Rennes 1/EFS) à un article de Nature Genetics, dans le cadre du consortium de recherche européen BLUEPRINT.

Représentation d'un lymphocyte B (détail) - Bruce Blaus / Blauser Gallery 2014 - Wikimedia Commons
  1. Vous avez dit "épigénétique" ?
  2. Un nouvel outil d'exploration appliqué aux cellules du sang
  3. Contribution rennaise
  4. Le développement complexe des lymphocytes B
  5. Lumière sur les tous premiers stades du lymphome

Vous avez dit "épigénétique" ?

Dans notre corps, notre ADN, qui comporte 3,2 milliards de paires de bases est recopié des dizaines de milliers de milliards de fois chaque jour, à chacune des divisions de nos cellules. Des erreurs interviennent parfois dans ces innombrables copies de notre génome. Par chance, elles sont extrêmement rares : ce sont les mutations. Lorsqu’elles touchent les gènes, des modifications importantes et permanentes du fonctionnement de notre organisme peuvent en résulter.

Mais il existe un autre type de modification, réversible celui-là : la méthylation de l’ADN et/ou des modifications des protéines associées à l’ADN. Celles-ci ne modifient pas le patrimoine génétique lui-même, mais agissent sur la lecture de nos gènes pouvant moduler l’intensité d’expression. C’est ce qui explique que nos cellules souches, qui partagent pourtant le même ADN, évoluent de manière très différente vers un neurone, une cellule cardiaque ou un globule blanc par exemple. On appelle « épigénétique » l’étude de ces modifications d’expression du génome.

En savoir plus sur l'épigénétique (site de l'Inserm)

Un nouvel outil d'exploration appliqué aux cellules du sang

Les modifications épigénétiques surviennent au cours de la vie d’un individu, en réponse aux modifications de l’environnement (celui de la cellule, ou de l’individu) avec possibilité de transmission à la descendance. Elle peut aussi intervenir lors de certaines maladies et notamment dans la transformation des cellules saines en cellules tumorales.

Les techniques récentes permettent désormais une étude très fine des éléments méthylés de l’ADN. Un vaste projet de recherche européen, baptisé BLUEPRINT, applique ces techniques à l’étude épigénétique des cellules du sang, saines et pathologiques.

Contribution rennaise

Dans le cadre de BLUEPRINT, le groupe de travail dirigé par José I. Martin-Subero (Barcelone) s’est intéressé à la différenciation normale des lymphocytes B humains, en effectuant des comparaisons avec des lymphocytes B tumoraux. À Rennes, une partie de cette étude a été confiée à Thierry Fest, professeur de médecine à l’université de Rennes 1 et à Gersende Caron-Lacombe, ingénieure de recherche dans l’unité Inserm/UR1/EFS Micro-Environnement et Cancer. L’équipe rennaise est en effet reconnue pour son expertise dans la caractérisation et l’isolement des lymphocytes B naissants.

Le développement complexe des lymphocytes B

Dans notre sang, le lymphocyte de type B ( une catégorie de globules blancs) a pour ultime destinée d’étiqueter, à l’aide d’anticorps, les cellules modifiées par une infection par exemple ou un processus cancéreux pour déclencher ou contribuer à leur destruction. Pour cela, le lymphocyte B sécrète un anticorps qui vient se lier à l’antigène porté spécifiquement par la cellule à détruire.

Au début de leur existence, qui commence dans la moelle osseuse, les lymphocytes B ne sont pas encore capables de reconnaître un antigène spécifiquement ni de produire des anticorps. Leur développement passe par de nombreux stades de différenciation. À chacun d’eux, les marques épigénétiques jouent un rôle complexe, affectant le devenir de la cellule en réponse au micro-environnement. Quand le lymphocyte B évolue vers une cellule cancéreuse, la diversité des configurations possibles peut ainsi donner naissance à une grande variété de tumeurs.

Le développement complexe des lymphocytes B

Lumière sur les tous premiers stades du lymphome

Les résultats obtenus par le groupe de travail auquel ont collaboré les chercheurs rennais sont publiés dans la prestigieuse revue Nature Genetics. Ils montrent une progressive déméthylation du génome évoluant parallèlement avec l’expression des gènes, et qui s’intensifie quand les lymphocytes B deviennent capables de sécréter des anticorps correspondant à un antigène spécifique. Des signatures spécifiques à chaque stade de la maturation ont ainsi pu être établies.

étape de différentiation d'un lymphocyte B

 

Enfin, de manière très intéressante, les chercheurs ont repéré un lien d’influence possible entre la configuration épigénétique liée à un stade particulier du développement des lymphocytes B, et les changements de méthylation qui accompagnent l’accélération de leur reproduction, ainsi que leur transformation en cellules malignes.

Dans le prolongement de cette recherche l’équipe rennaise termine un projet qui vise à caractériser la reconfiguration de l’épigénome au moment où un lymphocyte B devient un plasmocyte, capable de produire des anticorps.

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