Miguel Barrio, écologue, de l'Espagne aux Kerguelen

Écologue et spécialiste de la transition vers les modes de production bio, Miguel Barrio se consacre à la conservation, la gestion et la limitation des impacts environnementaux liés à l'activité humaine. Il a déjà plusieurs publications et de nombreuses randonnées en haute montagne à son actif. Après un échange Erasmus à Aix-Marseille, puis son recrutement et sa formation à Rennes, le voilà aux Kerguelen pour 14 mois, où il participera aux recherches du programme SUBANTECO conduit par l'université de Rennes 1 avec le soutien du CNRS et de l'Institut polaire français.

Miguel Barrio à Val Studer montrant un chou de Kerguelen - Crédit : M. Barrio
  1. Quels ont été les moments les plus importants pour toi Miguel, ces dernières semaines ?
  2. Quelles ont été tes découvertes, tes surprises les plus marquantes ?
  3. Comment as-tu été accueilli ?
  4. Comment a démarré le travail sur le projet SUBANTECO ?
  5. De quoi vont être faites les prochaines semaines, avant l'arrivée de l'expédition suisse ?
  6. Comment vas-tu passer Noël et le jour de l'An ?

Quels ont été les moments les plus importants pour toi Miguel, ces dernières semaines ?

Sans doute le premier séminaire de l’Institut polaire français, car on commençait à se rendre compte de l’aventure dans laquelle on s’embarquait. C'était aussi la première fois qu’on rencontrait les autres volontaires avec lesquels on allait passer une année, ainsi que les autres hivernants des autres bases (Crozet, Amsterdam, Terre Adélaïde et Concordia).

Un autre moment important a été l’arrivée à Crozet : c’était notre premier contact avec la faune et flore des îles subantarctiques... et la première fois que je me retrouvais face à des manchots, des éléphants de mer ! C’était aussi le départ des nouveaux hivernants de Crozet et la séparation avec notre collègue Benjamin, qui participera là-bas aux recherches de SUBANTECO.

Enfin bien sûr, je n'oublierai pas notre notre arrivée à Kerguelen. De plus, Matteo et moi avions été chargés d'accompagner les logisticiens de l'Institut polaire français qui partaient ravitailler une cabane dans la baie de la Mouche, puis installer une nouvelle cabane au lieu-dit Deux Frères sur la péninsule Rallier du Baty. Or il s'agit d'endroits très peu fréquentés. Ainsi notre première approche à Kerguelen a commencé avant même l’arrivée à la base de Port-aux-Français. Nous avons été très impressionnés par la vue lors du vol en hélicoptère, en particulier le glacier Cook.
 

Manchots et éléphant de mer à Crozet  - © J.-P. Lalain

Quelles ont été tes découvertes, tes surprises les plus marquantes ?

On nous a beaucoup parlé de Kerguelen pendant le séminaire de l’Institut polaire français, et à l'université de Rennes 1, pendant notre stage de préparation, encadrés par nos responsables du programme SUBANTECO de l'UMR Ecobio. Nous avons eu le retour d'expérience d'une doctorante qui a passé deux étés là-bas dans le cadre de sa thèse. Je me suis aussi beaucoup informé par mes lectures personnelles (par exemple L’Arche de Kerguelen de Jean-Paul Kauffmann), ou avec des lectures professionnelles dans le cadre des recherches que nous allons mener. Mais l’image que tu te fais avant d’arriver et la réalité différent un peu, il faut vivre pour vraiment connaître... Je ne suis vraiment pas déçu, Kerguelen est impressionnant, c’est très beau et ça ne ressemble pratiquement à aucun paysage que je connaisse.

Paysage des TAAF - © D. Renault

Comment as-tu été accueilli ?

On a été très bien accueillis par nos prédécesseurs, dans notre cas par notre seul prédécesseur et les autres volontaires ainsi que par le reste de la base. Quand on est descendus de l’hélicoptère les anciens hivernants nous attendaient pour nous recevoir, quelques uns étaient déguisés et ils nous faisaient des crêpes de nutella ou de confiture (un véritable luxe ici). C’était sympathique et il y avait une très bonne ambiance. Durant l’escale du Marion Dufresne, nous avons même participé à un mariage. Quelle curieuse situation, de se retrouver dans un mariage à Kerguelen, le 4e seulement de toute l'histoire des Kerguelen !

Le 4e mariage de l'histoire des Kerguelen - © Source : http://www.taaf.fr/Un-mariage-aux-Kerguelen

Comment a démarré le travail sur le projet SUBANTECO ?

On a commencé par une manip de 5 jours à Val Studer et à Port Elisabeth. Ensuite on a pratiquement enchaîné avec une autre expérience à Molloy, pour une prospection de végétation aquatique. Hoël, notre prédécesseur, nous a aussi montré le "BioMar", l’immeuble ou se situe notre laboratoire. Il nous a présenté les protocoles en cours et sur lesquels nous le relayons maintenant.

 

Passage de relais sur le terrain entre anciens et nouveaux volontaires. À gauche, Miguel Barrio - © M. Barrio

De quoi vont être faites les prochaines semaines, avant l'arrivée de l'expédition suisse ?

Avant l’arrivée de l'Akademik Tryoshnikov, commandité par l'Institut polaire suisse pour une navigation autour de l'Antarctique, nous avons encore une sortie de trois jours, prévue pour moi à Pointe Suzanne et pour Matteo à Cataractes. Nous y réaliserons deux protocoles expérimentaux, l'un concernant la caractérisation phénotypique des populations de Merizodus soledadinus (une espèce d'insecte introduite à Kerguelen) selon leur temps de résidence, et un autre concernant la diversité fonctionnelle dans les communautés d’invertébrés.

Insectes étudiés par le projet SUBANTECO - © D. Renault

Comment vas-tu passer Noël et le jour de l'An ?

Selon notre dernier planning on devrait passer Noël sur les îles du golfe du Morbihan (austral !) et le Nouvel An sur base. Mais notre planning change souvent à cause de divers problèmes de logistique qui sont cette année en particulier assez importants. L’Aventure II, le chaland de Kerguelen s’est échoué peu avant notre arrivée, et le zodiac, le seul moyen nautique qui nous restait a eu lui aussi un petit accident. Du coup, nous nous retrouvons pour l'instant sans moyens nautiques, mis à part La Curieuse qui vient exprès pour la campagne d’été, mais qui a déjà un planning de sorties assez chargé. On risque donc de modifier encore une fois le planning et on ne sait pas encore précisément où nous nous trouverons pendant les fêtes de Noël. En tout cas, la possibilité de passer Noël dans une cabane à Kerguelen me plaît beaucoup !

Pour le Nouvel An on sera sûrement sur base, vu que l'Akademik Tryoshnikov arrive normalement le premier janvier, et qu'il est prévu que nous soyons sur zone pour les accueillir. Tout le monde essaie de revenir à Port-aux-Français pour le Nouvel An, en particulier les volontaires des autres programmes scientifiques qui sont souvent en expédition de terrain pendant la campagne d’été.

L'intérieur d'une cabane - © J.-L. Chapuis