Journée scientifique exceptionnelle en terres australes subantarctiques

Matteo Tolosano est diplômé d'un master en biologie de l'environnement obtenu en Italie après six mois de stage Erasmus en France. Passionné d’écologie végétale et animale, il a été recruté et formé à Rennes afin d’intégrer le programme SUBANTECO, conduit à l'Université de Rennes 1 avec le soutien du CNRS et de l'Institut polaire français (IPEV). Ainsi il a rejoint pour 14 mois l’aventure scientifique sur les îles Kerguelen et partage avec nous ses expériences. Il nous raconte aujourd’hui sa rencontre avec les membres de la première expédition scientifique à faire le tour complet de l’Antarctique !

Les membres de ACE et de SUBANTECO sur le terrain aux Kerguelen - Crédit : M. Tolosano
  1. Arrivée du navire aux Kerguelen
  2. La rencontre : l’attente laisse place à l’émotion
  3. Rassemblés autour d’une découverte
  4. Un véritable moment de partage
  5. Qu’est-ce que l’expédition ACE ?

Ce récit fait partie d'un ensemble d'articles présentant le travail des volontaires du programme IPEV SUBANTECO conduit par l'université de Rennes 1.

Arrivée du navire aux Kerguelen

Après quelques jours d’attente, l’ACE arrive à Kerguelen ! Nous sommes donc le 5 janvier, il est 6h30 et on attend de connaître les programmes définitifs. Le vent retarde la réunion ainsi que le début des opérations scientifiques, et l’escale prévue à Kerguelen est finalement raccourcie à deux jours. Nous sommes tous impatients, mais dans ces régions ce sont les conditions climatiques qui commandent !

 

Akademik Trechnikov, brise-glace russe affrété par l’Institut Polaire Suisse - © Crédit : M. Tolosano

La rencontre : l’attente laisse place à l’émotion

Enfin, 10h30 : il est temps que j’enfile une combinaison étanche de survie pour pouvoir monter dans un hélicoptère jaune décoré du logo ACE. C’est parti. Le vent est fort, les turbulences secouent l’engin mais nous arrivons à destination : le brise-glace russe. Il est énorme, puissant. Nous descendons, lavons nos bottes avec un liquide biocide pour éviter de transporter graines, larves ou bactéries (biosécurité) et nous entrons dans le hangar du bateau. Les organisateurs de l’Institut Polaire Suisse et quelques scientifiques nous accueillent autour d’un café. Les yeux se croisent, les sourires s’échangent. On ressent l’impatience des scientifiques, pressés d’accomplir leurs recherches sur l’île. J’aperçois sur un t-shirt l’inscription « Science has no borders » (la science n'a pas de frontières), devise de la campagne.

 

Hélicoptère du programme - © Crédit : M. Tolosano

Rassemblés autour d’une découverte

Après quelques premiers échanges, équipés des tenues de sécurité, Cédric, militaire affecté au service technique des TAAF et moi-même partons vers la plage de Molloy à l’ouest de la station Port-Aux-Français pour accompagner notamment Steven Chown, spécialiste des invertébrés de la région antarctique et subantarctique et Charlene Janion qui étudie les collemboles, petits invertébrés vivant dans les mousses et la terre.

 
Collemboles - © Crédit : M. Tolosano

Le but de cette excursion est d’échantillonner des collemboles et des Curculionidaes (groupe de coléoptères indigènes) dans différents microhabitats de la zone. C’est une belle occasion pour moi, accompagnateur naturaliste, d’escorter des chercheurs internationaux en excursion scientifique dans ces paysages sauvages. Durant près d’une heure de marche sur le Plateau de Tussock, sous une pluie qui se transforme en neige, on soulève des cailloux mais ce n’est pas le bon endroit. C’est plus loin, dans une zone plus sèche que l’on trouve plusieurs des espèces recherchées. L’enthousiasme est au rendez-vous et ne s’arrête pas là ! Tout en fouillant dans les fissures des roches sur la côte, nous croisons les doigts et… Palirhoeus eatoni, seule espèce des Curculionidaes à vivre dans cet habitat, est bien là !

 

A la recherche de Palirhoeus eatoni - © Crédit : M. Tolosano

Un véritable moment de partage

Alors que le temps s’améliore, je discute avec les chercheurs qui me confient concevoir l’ACE comme une belle opportunité d’étudier des terrains situés bien loin des sentiers battus. Nous partageons nos expériences, ils m’expliquent leurs sujets de recherche et leurs techniques de travail tout en me présentant le laboratoire mis en place sur le bateau.

Vers 16 heures, nous sommes de retour dans le zodiac : grosses vagues, vent fort, quelques difficultés au moment de réembarquer sur le navire russe. Steven m’offre des livres en souvenir, je rejoins l’hélicoptère et je dis au revoir à l’équipe, au navire Akademik Trechnikov et à la campagne internationale. Cette expérience fut courte mais enrichissante. Et n’oublions pas, « Science has no borders ! ».

Qu’est-ce que l’expédition ACE ?

Dans le cadre d’un projet scientifique international de circumnavigation (ACE), le brise-glace russe Akademik Trechnikov affrété par l’Institut Polaire Suisse, nouveau centre dédié à la recherche sur les environnements extrêmes, s’engage dans une mission de trois mois. Première expédition scientifique de ce genre, des escales dans les principales îles subantarctiques sont prévues pour permettre aux chercheurs de poursuivre leurs recherches dans toute la zone antarctique et subantarctique. Portant à bord 22 programmes de recherche, ce projet rassemble près d’une cinquantaine de chercheurs. En particulier, l’Université de Rennes 1 est impliquée dans le programme AFBA dont l’objectif est d’évaluer de manière globale la biodiversité de ces régions.