À poils et à épines : découverte d'un fossile de mammifère unique en son genre

Il vivait il y a 127 millions d'années, pesait entre 50 et 70 g, possédait des dents à trois pointes acérées, des pattes fouisseuses ainsi qu'une colonne vertébrale semblables à celles des tatous, une crinière tout le long du dos et... des épines similaires à celles du hérisson. Voici Spinolestes xenarthrosus, un mammifère unique en son genre dont le fossile a été découvert sur le site de Las Hoyas en Espagne. Publication dans Nature avec la contribution d'un chercheur de Géosciences Rennes (CNRS - Université de Rennes 1 / OSUR).

À poils et à épines : découverte d'un fossile de mammifère unique en son genre
  1. Le gisement
  2. Le fossile
  3. Pelage, épines et diaphragme
  4. Un écosystème figé depuis 127 millions d'années

Le gisement

Las Hoyas est un gisement du Crétacé inférieur (-127 millions d’années) situé en Espagne près de la ville de Cuenca. Ce dépôt sédimentaire, unique en Europe, contient une grande diversité de fossiles, emprisonnés dans un ancien environnement marécageux semblable aux Everglades, en Floride. Il est fouillé depuis 1986 et a déjà fourni un grand nombre de fossiles de plantes aquatiques et terrestres, de crustacés, d’insectes, de poissons, mais aussi de crocodiles, de dinosaures et d’oiseaux primitifs. 25 ans plus tard, en 2011, le premier mammifère a enfin été mis au jour, complétant ainsi la structure de cet écosystème.

Le gisement

Le fossile

Ce fossile vient d’être décrit par les paléontologues. Ils en ont conclu qu’il s’agit d’une nouvelle espèce, baptisé Spinolestes xenarthrosus, appartenant à l’ordre des eutriconodontes, une lignée de mammifères disparus à la fin de l'ère Mésozoïque (- 252,2 à - 66,0 millions d’années) et à la famille des gobiconodontes. C’est un petit animal d’environ 50 à 70 g et de 25 cm de long, caractérisé par des dents à trois pointes acérées et des vertèbres du même type que celles des xénarthres[1]. Les proportions de ses pattes sont proches de celles d’animaux fouisseurs, suggérant un style de vie semblable à celui des tatous modernes, se nourrissant d’insectes et de larves. Les marécages de Las Hoyas permettant à la fois un enfouissement et une minéralisation rapide des corps, de nombreux morceaux de peau avec des poils et des épines ont été parfaitement conservés. A partir de ces restes, les chercheurs ont déterminé que Spinolestes possédait une crinière dense de poils longs (3 à 5 mm) de la tête à l’omoplate, des poils longs et fins sur la région dorsale et sur la majeure partie de la queue, de petites épines et quelques écussons dermiques (de petites plaques ovales sans poils, faites de kératine). Le reste de son corps était couvert par un pelage doux et dense.

[1] Le mot xénarthre signifie « étranges articulations » et a été choisi à cause des articulations vertébrales inhabituelles des paresseux, des tatous et des fourmilliers par rapport autres mammifères.

Le fossile

Pelage, épines et diaphragme

L’analyse microstructurale de portions de pelage de ce fossile a été notamment réalisée par Romain Vullo, chargé de recherche CNRS à Géosciences Rennes, qui a travaillé sur Spinolestes xenarthrosus en collaboration avec des chercheurs allemands, espagnols et américains. Elle montre que ce pelage est composé d’un mélange de poils primaires relativement épais, de poils secondaires plus petits, et d’épines sur la région dorsale. Ces dernières possèdent une surface écailleuse et sont composées de poils primaires et secondaires modifiés, c’est-à-dire plus courts, rigides et en forme de bâtonnet, qui ont fusionné ensemble, un processus similaire à ce que l’on observe chez certains mammifères modernes tels que les hérissons ou les porcs-épics. A partir du cas de Spinolestes, les chercheurs estiment donc que les poils et les épines sont différenciés depuis le Crétacé inférieur. De plus, le fait que plusieurs spécimens d’eutriconodontes possèdent bien une fourrure dense mais dépourvue d’épines, fait de Spinolestes une espèce unique en son genre, dont l’évolution s’est faite indépendamment d’espèces à épines comme les hérissons et a abouti à cette surprenante convergence avec les espèces épineuses modernes.

Par ailleurs, le fossile possédant encore des bronchioles pulmonaires et des restes du foie, les chercheurs ont délimité l'emplacement du diaphragme de l’animal, une première preuve fossile que le système respiratoire unique des mammifères était bien fonctionnel dès le Mésozoïque.

Pelage, épines et diaphragme

 

Un écosystème figé depuis 127 millions d'années

Pour les chercheurs, la diversité des fossiles de Las Hoyas représente une clé pour comprendre la révolution évolutive du Crétacé, correspondant à l’émergence de la flore et la faune qui constituent la biodiversité d’aujourd'hui. Ils poursuivent donc leur analyse de Spinolestes xenarthrosus pour mieux comprendre son mode de vie et sa place dans cet écosystème, figé depuis 127 millions d’années.

Le texte de cet article provient essentiellement d'un communiqué signé conjointement du CNRS et de l'université de Rennes 1.