Une bourse d'excellence ERC pour Guillaume Dupont-Nivet

Ce financement du Conseil européen de la Recherche est le deuxième décroché par un chercheur de l'UMR Géosciences (OSUR) en 2015. 2 millions d'euros sur cinq ans vont permettre à G. Dupont-Nivet d'explorer une hypothèse fascinante : les moussons asiatiques auraient-elles déclenché un refroidissement global de notre planète, il y a 40 millions d'années ?

Guillaume Dupont-Nivet sur le terrain
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Contexte et problématique

Mieux comprendre la sensibilité des moussons asiatiques à l'effet de serre (il y a 40 millions d'années) afin d'en tirer des enseignements sur la situation actuelle - qui voit comme on le sait un réchauffement climatique lié à une augmentation très rapide de l’effet de serre, du fait de l’activité humaine - telle est l'ambition du projet de recherche qui a valu à Guillaume Dupont-Nivet de décrocher un "ERC consolidator grant", réservé aux chercheurs 7 à 12 ans après leur thèse.

On pensait jusqu'à présent que les moussons d'Asie s'expliquaient surtout par l'impact des massifs himalayen et tibétain sur la circulation atmosphérique. Or les travaux de G. Dupont-Nivet, chargé de recherche à l'UMR Géosciences (CNRS/Université de Rennes 1 / Observatoire de l'Univers de Rennes) révèlent que les moussons asiatiques existaient déjà il y a 40 millions d'années, alors que ces deux massifs étaient significativement moins hauts qu'aujourd'hui. À cette époque, l’Éocène tardif (40 millions d'années avant notre ère), la teneur en CO2 atmosphérique représentait plus du double de la valeur actuelle. Des découvertes récentes viennent de démontrer que l’intense effet de serre qui en résultait venait contrebalancer la faible altitude de ces massifs, permettant ainsi l’existence des moussons. Les modèles climatiques globaux montrent ensuite un affaiblissement des moussons il y a 34 millions d’années, lorsque se produit une forte baisse du taux de CO2 atmosphérique.

Refroidissement global

Il n'est pas aisé de trouver une explication au refroidissement du climat mondial au Cénozoïque : c'est l'une des questions les plus importantes (et toujours non-résolues) qui se pose encore aujourd'hui à la communauté des sciences de la Terre et de l'environnement. Pour expliquer ce refroidissement, associée à la baisse énigmatique du CO2, on met en cause généralement l'augmentation de l'érosion et de l'altération du massif himalayen et de son plateau tibétain. De fait, cette baisse du CO2 a permis un refroidissement mondial entre 50 et 34 millions d'années : on est ainsi passé d'une planète chaude sans glace (due à un effet de serre intense, avec 2 fois plus de CO2 dans l'atmosphère il y 40 millions d'années par rapport à aujourd'hui) à une Terre dotée de deux calottes glaciaires.

Les géologues considèrent que les moussons asiatiques sont étroitement liées à une forte orographie (i.e. des reliefs de haute altitude) associée à la tectonique des plaques, et plus précisément à la collision Inde-Asie qui a débuté il y a 50 millions d'années. Cependant, la relation entre les moussons asiatiques d'une part, l'effet de serre puis la glaciation qui a suivi d'autre part, reste largement à explorer et à démontrer.

On pensait jusqu'à présent qu'elle s'intensifiait uniquement après 25 millions d'années, or les travaux de G. Dupont-Nivet montrent que les moussons asiatiques existaient déjà il y a 40 millions d'années. La découverte est d’importance : elle semble donc repousser de 15 millions d’années l’âge des plus anciennes moussons connues.

Les récents résultats de G. Dupont-Nivet suggèrent la possibilité captivante que les moussons asiatiques puissent être à l'origine d'un refroidissement global de notre planète par le passé.