Projet INTERREG ALICE : aider l'aménagement et la gestion des paysages côtiers

Elaborer de nouvelles méthodes, outils et procédures pour aider l'aménagement en zones côtières du territoire : soutenu par le fonds européen de développement régional (FEDER), telle est l'ambition du projet ALICE. Regroupant des scientifiques rennais, brestois, irlandais, espagnols et portugais, le projet associe des acteurs socio-économiques concernés par cette problématique.

Image SPOT 7 (extrait) montrant une portion du littoral français dont la baie du Mont Saint-Michel. Cette image date du 23/04/2015, elle est issue du dispositif KALIDEOS Bretagne, avec le support du CNES. Image © AIRBUS DS (2015)

Objectifs du projet

l'INTERREG ALICE a pour principal objectif de développer un logiciel gratuit, facile d'utilisation et ouvert aux gestionnaires des territoires. Cet outil sera basé sur des nouvelles approches en télédétection (recueil et analyse de données satellitaires). Il sera conçu de manière à générer un rendu direct et visuel de l'impact des pratiques d'aménagement du territoire sur la biodiversité et sur les services rendus par les écosystèmes. Il servira ainsi d’outil d’aide à la décision pour des orientations pratiques d’aménagement. Il permettra en effet l’identification des seuils de contrôle de la fourniture des services écosystémiques, dans des scénarios réalistes de changement climatique.

"Nous cherchons également à favoriser le développement de la Trame verte et bleue", complète Cendrine Mony, maître de conférences à l'Université de Rennes 1 et membre de l'UMR ECOBIO (OSUR). "Ce dispositif, soutenu par le ministère de la Transition écologique et solidaire, a pour objectif de diminuer la fragmentation et la vulnérabilité des habitats naturels et des habitats d’espèces, pour rendre en compte leurs déplacements dans le contexte du changement climatique."

Photo de terrain de relevés floristiques (paysage de marais). On observe ici une véritable mosaïque de couverts de différents types, dont la détection fine est un défi pour l'approche satellitaire. Photo : C. Mony

Étapes-clés du projet sur 3 ans

"Au laboratoire Ecobio, nous allons tout d'abord participer au développement, réalisé avec le LETG de Rennes, de nouvelles méthodes de télédétection (c'est à dire d'observation satellitaire) permettant de cartographier les habitats naturels sur les bassins versants", explique Cendrine Mony. "Nous allons ainsi réaliser des relevés floristiques afin de constituer une base de données pour deux sites situés, l'un sur le Couesnon, l'autre en Irlande du Nord. Ces centaines, voire milliers de relevés de terrain permettront de valider les données recueillies par les techniques satellitaires des géographes. Ensuite, il nous faudra tirer les enseignements de nos études sur la manière dont le scénario d'évolution du paysage impacte la biodiversité. Il nous sera aussi nécessaire de formaliser ces enseignements de manière à pouvoir les intégrer, sous forme d'indicateurs, au logiciel d'aide à la décision que nos collègues espagnols développeront à l'intention des décideurs. L'étape suivante consistera à analyser l'influence, en termes de qualité, des indicateurs identifiés en s'appuyant sur le terrain, à savoir la zone atelier Armorique, sur laquelle nous accumulons des connaissances depuis longtemps et sur une grande variété d'espèces. Cela nous permet d’avoir une bonne connaissance de l’impact des changements du paysage sur la biodiversité et le fonctionnement écologique des écosystèmes. À partir de ces connaissances, nous pourrons définir des indicateurs de qualité plus grossiers, exploitables à l’échelle de large territoires mais traduisant de manière optimale ces modifications. En parallèle, à l'échelon local, nous mobiliserons et animerons les réflexions menées avec les acteurs de terrain du bassin versant du Couesnon."

"Parmi les 4 sites pilotes de démonstration du projet ALICE, nous travaillons plus particulièrement sur le bassin versant du Couesnon. Dans le cadre de ce projet, des approches participatives, développées par les collègues brestois, seront mises en œuvre pour l’aide à la décision. À Ecobio, nous serons en charge de la mobilisation et de l’animation de ces réflexions avec les acteurs de terrain impliqués dans la gestion des espaces et dans l’aménagement du territoire sur cette zone", conclut Cendrine Mony.

Pour atteindre ces objectifs, plusieurs chercheurs de Rennes 1 seront mobilisés aux côtés d'un groupe d'experts géographes. Des groupes de travail associant des chercheurs écologues des universités de Rennes1, Rennes 2 et de l’INRA seront par ailleurs organisés. Un recrutement en post-doctorat est aussi prévu dès 2018.

Photomontage : satellite Landsat 8 (rendu 3D USGS) sur mosaïque photo de l'Europe (ESA/MERIS)

Qu'est-ce qu'INTERREG ?

C'est un ensemble d'appels à projets émis par l'Union européenne visant à promouvoir la coopération entre les régions européennes et le développement de solutions communes dans les domaines du développement urbain, rural et côtier, du développement économique ainsi que de la gestion de l’environnement. Ces appels à projets sont financés par le Fonds européen de développement régional (FEDER) à hauteur de 7,75 milliards d'euros. ALICE s'inscrit dans le cadre de l'INTERREG portant sur l'aire atlantique. Les régions impliquées dans le projet appartiennent au Portugal, à l'Espagne, à l'Irlande du Nord et à la France (Bretagne), où chacun des 4 sites de démonstration ont été identifiés. Le Royaume-Uni est le 5e pays à avoir rejoint le projet. ALICE bénéficie d'une dotation totale de 1,3 million d'euros.

Les partenaires de recherche

En Bretagne, les universités de Rennes 1, Rennes 2 et de Bretagne occidentale s'impliquent dans ALICE de concert avec le CNRS et l'IFREMER. À l'échelle européenne, les 15 partenaires du projet se comptent parmi des centres de recherche, d'administration, des ONG et des entreprises privées.