Aventures scientifiques en terres australes subantarctiques

Trois volontaires formés à l'université de Rennes 1 viennent d'arriver dans les Terres australes et antarctiques françaises. Matteo, Miguel et Benjamin vont passer 14 mois sur les îles Crozet et Kerguelen. Objectifs : étudier la biodiversité subantarctique, en particulier l'impact des invasions biologiques et du changement climatique sur les plantes et les invertébrés. Ceci dans le cadre d'un programme de recherche de l'université lancé il y a 42 ans, conduit aujourd'hui au sein de l'unité Ecobio avec le soutien de l'Institut polaire français Paul-Émile Victor.

Photo : D. Renault
  1. Une sélection exigeante
  2. Des terres isolées
  3. Un programme de recherche intense

Une sélection exigeante

Matteo Tolosano : "Bienvenue dans le programme 136 SUBANTECO de l'Institut polaire français Paul-Émile Victor !"... l'arrivée de ce courriel dans ma boîte a marqué la fin d'un long processus de sélection... mais aussi le début d'une aventure, d'une expédition, d'une mission scientifique. Tout a commencé : la paperasse, les espoirs, l'enthousiasme, l'appréhension, s'organiser, rassembler son équipement, ses idées, ses lectures. Mais surtout, l'enthousiasme !"
Benjamin Ferlay : J'ai candidaté par envie d'une aventure un peu folle dans des environnements hostiles, très peu fréquentés et remarquablement préservés... une sorte de rêve de gosse !"
Miguel Barrio : "Pour moi ç'a été l'envie d'aventure, de connaissances mais aussi le sentiment d'une très grande opportunité professionnelle"

 



Les trois volontaires ont été retenus parmi 70 candidatures. Tous trois sont forts d'un solide parcours d'études... et de l'expérience de la haute montagne. Ils ont franchi une sélection rigoureuse sur le plan scientifique, mais aussi sur les aspects médicaux et psychologiques.
 
Les terres australes subantarctiques

Des terres isolées

Et pour cause : leur terrain de recherche se situe dans les archipels Crozet et Kerguelen, confettis français perdus dans le sud de l'Océan indien, à plus de 3 300km de l'île de la Réunion et 2 000km du continent Antarctique. Matteo, Miguel et Benjamin vont passer 14 mois au cœur des fameux "quarantièmes rugissants" défiés par les compétiteurs du Vendée Globe. Sur ces îles, en raison des vents dépassant très souvent les 100 km/h, aucun arbre ne pousse... et certaines mouches ont évolué : elles se sont débarrassées de leurs ailes pour ne plus se faire emporter ! En cas de problème grave, le délai d'évacuation va de 10 jours dans le meilleur des cas à plusieurs semaines...

Sur ces archipels d'origine volcanique, il n'y a pas d'habitants permanents mais une communauté de scientifiques, de militaires et d'agents experts. Ces quelques dizaines de personnes constituent la majorité de la population des Terres australes et antarctiques françaises (qui comptent également la Terre Adélie sur le continent antarctique et d'autres îles dans l'Océan indien).

Pour les trois volontaires, l'un des défis à relever consistera à s'intégrer pleinement à la vie de cette communauté chaleureuse mais restreinte pendant 15 mois. Ils ont le statut d'hivernants, c'est-à-dire qu'ils passeront l'hiver austral sur Crozet pour Benjamin, et sur les Kerguelen pour Matteo et Miguel : cinq mois d'isolement complet, sans passage du Marion Dufresne, le navire de l'IPEV qui ravitaille les îles quatre fois par an, en rotation depuis La Réunion. Pendant cette longue période, leur seul lien avec le monde consistera en une connexion internet bas débit.

 

Le Marion Dufresne en rotation dans les TAAF - © D. Renault

Un programme de recherche intense

Étudier la biodiversité subantarctique, notamment les plantes et les invertébrés, ainsi que l'impact sur ces espèces des invasions biologiques et du changement climatique : tels sont les objectifs du programme SUBANTECO/IPEV 136 auquel contribuent nos trois volontaires. Formés à Rennes 1 sous la conduite de membres du laboratoire ECOBIO, Matteo, Miguel et Benjamin se sont vu assigner des taches très précises au long de ces 15 mois d'hivernage.

En effet les îles subantarctiques, géographiquement isolées des continents, se caractérisent par la présence d’une faible biodiversité de plantes et d’invertébrés, dont la redondance fonctionnelle apparaît très réduite voire absente dans certains cas. SUBANTECO organise des recherches portant sur la biodiversité terrestre (faune et flore) dans les îles subantarctiques françaises, en prenant également en compte les facteurs environnementaux qui régissent la répartition géographique des espèces animales et végétales.

Les scientifiques impliqués étudient les compromis existant entre les différents traits biologiques lors d’épisodes de dispersion chez les organismes invertébrés. En particulier, ils s'intéressent à la manière dont ces organismes équilibrent capacité à se reproduire et à se disperser sur le territoire disponible.

Enfin, SUBANTECO permet d'effectuer des recherches suivies portant sur les interactions entre les espèces natives et introduites, ainsi que sur les effets des changements climatiques sur les espèces natives des îles subantarctiques.

 
Escargot Noptodiscus hookeri, étudié par le programme SUBANTECO - © M. Hullé