Un nouvel indicateur de stress chronique chez le cheval

Le cortisol est généralement considéré comme l’hormone du stress car son taux augmente lors de stress aigus. Son lien avec le stress chronique est moins clair. Des chercheurs rennais des unités mixtes de recherche EthoS et IRSET révèlent ainsi, en collaboration avec l’université vétérinaire de Vienne, qu’un état chronique de mal-être est associé à un taux de cortisol plus bas chez des chevaux adultes observés dans leurs conditions de vie habituelles. Publication dans la revue PLOS ONE.

Photo : M. Hausberger

Sur la photo ci-dessus, le cheval présente les oreilles vers l’arrière, un indicateur de mal-être potentiel. Dans cette étude, les chevaux étaient déclarés en état de mal-être chronique lorsqu’ils présentaient trois des quatre symptômes suivants : oreilles en arrière plus de la moitié du temps, problèmes vertébraux, anémie, nombre anormalement élevé de globules blancs neutrophiles. Photo M. Hausberger

Considéré comme l’hormone du stress par excellence, le cortisol nous permet de faire face à un événement important ou à un danger imminent. La production d’un pic de cortisol va mobiliser les ressources nécessaires (par exemple, en puisant dans les réserves de l’organisme pour produire de l’énergie), et ensuite permettre de revenir à un état d’équilibre. Mais quand le stress se prolonge ou se répète, l’organisme conserve-t-il cette capacité d’adaptation ? Certaines études font état d’une diminution du taux de cortisol lors de stress chroniques chez l’homme (concernant des personnes en « burn-out » ou présentant des douleurs de dos chroniques, par exemple) ou d’autres mammifères, mais on trouve aussi des résultats contraires. Dans ces conditions, le cortisol reste-t-il un indicateur fiable ?

Pour répondre à cette question, des chercheurs rennais ont étudié 59 chevaux adultes (44 hongres et 15 femelles) de trois centres équestres dans leurs conditions de vie habituelles : hébergement dans des boxes individuels (restriction spatiale et sociale) et travail avec des cavaliers inexpérimentés – autant de facteurs de stress potentiels. D’une part, ils ont recensé différents indicateurs comportementaux et sanitaires de bien- ou mal-être de ces animaux. D’autre part, ils ont mesuré leur taux de cortisol à la fois à partir de prélèvements sanguins et de fèces.

Photo : M. Hausberger

Ce cheval présente un syndrome « dépressif » : il est prostré (encolure plutôt basse, immobile) et indifférent à l'environnement comme en témoigne aussi son orientation vers le mur. Photo M. Hausberger

De manière surprenante, les chevaux en  état de mal-être (oreilles en arrière, problèmes de dos, anémie…) se sont révélés avoir un taux de cortisol plus faible que les autres chevaux. Ces résultats rejoignent des observations précédentes de l’équipe d’éthologie qui avaient révélé un taux anormalement bas de cortisol chez des chevaux présentant un syndrome « dépressif ». Ces chevaux montrent une attitude apathique, combinant périodes d’immobilité, prostration et absence de réactivité à l’environnement. Par ailleurs, le taux de cortisol calculé à partir des fèces est corrélé à celui obtenu par voie sanguine, ce qui ouvre la voie à une mesure non invasive du bien-être des chevaux.

Référence

Low plasma cortisol and fecal cortisol metabolite measures as indicators of compromised welfare in domestic horses
Jodi Pawluski, Patrick Jego, Séverine Henry, Anaelle Bruchet, Rupert Palme, Caroline Coste & Martine Hausberger
PLOS ONE, 8 septembre 2017
doi : 10.1371/journal. pone.0182257

Références secondaires

A clinical allostatic load index is associated with burnout symptoms and hypocortisolemic profiles in healthy workers
Juster RP, Sindi S, Marin MF, Perna A, Hashemi A, Pruessner JC, et al.
Psychoneuroendocrinology. 2011;36(6):797-805.

Cortisol response to experimental pain in patients with chronic low back pain and patients with major depression
Muhtz C, Rodriguez-Raecke R, Hinkelmann K, Moeller-Bertram T, Kiefer F, Wiedemann K, et al.
Pain Med. 2013;14(4):498-503.

Towards an Ethological Animal Model of Depression? A Study on Horses
Carole Fureix, Patrick Jego, Séverine Henry, Léa Lansade, Martine Hausberger
PLOS ONE, 28 juin 2012
doi : 10.1371/journal.pone.0039280