Rennes 1 s’adapte aux sportifs de haut niveau

Mener de front les études et le sport élite, c’est compliqué. Mais c’est possible. L’Université de Rennes 1 offre des dérogations aux athlètes de haut niveau pour suivre les cours et passer les examens sans descendre du podium. Ils sont 32 étudiants à bénéficier cette année de ce statut. Témoignages.

Victor Coroller, recordman de France junior 400 m haies (juin 2015) et étudiant à la faculté des sciences économiques
  1. De l’organisation, de la confiance et quelques sacrifices
  2. Un emploi du temps différent, une vie étudiante atypique
  3. Jongler entre les cours, les entraînements et les séances de kiné

Il court le 400 m haies en 50’13’’. C’est tout simplement le record de France en catégorie junior. Egalement champion d’Europe de sa discipline, Victor Coroller aimerait décrocher cet été une médaille aux championnats du monde juniors de Bydgoszcz, en Pologne. Peu importe les Américains et autres Jamaïcains : c’est l’objectif de sa saison. Une sélection aux JO de Rio serait la cerise sur le gâteau. À 19 ans seulement, Victor Coroller incarne l’avenir de l’athlétisme français.

Six entraînements par semaine

Pour atteindre son but, Victor s’entraîne dur. Deux heures par jour, six fois par semaine. Les séances se déroulent en soirée au stade Courtemanche. Juste à la sortie des cours.
Victor est étudiant en 1re année d'économie-gestion. Pas facile de trouver du temps pour réviser. « Le soir, je suis un peu fatigué. Pendant les vacances, je suis des stages de préparation à l’étranger. Je me débrouille le week-end quand je n’ai pas de compétition… ». Et de bon matin ? « Je réserve des créneaux pour le médecin, le kiné et la cryothérapie ».
Victor est reconnu "athlète de haut niveau" par le ministère et l’université. Ce statut l’autorise à effectuer chaque année de licence en deux ans. Ce n’était pas son choix. « Je verrai l’an prochain en fonction de mes résultats cette année ». Victor pourrait aussi demander à passer ses examens à une autre date. Ce ne sera pas le cas non plus. « Mais j’ai pu choisir librement mon groupe de TD en maths pour ne pas rater l’entraînement ».

Performant mais prudent

Concilier les études et l’athlétisme, c’est du sport. Pas de kébab le midi. Pas de nuit blanche le jeudi. Victor sort peu. Il surveille son alimentation et son sommeil. « Ce n’est pas un sacrifice. L’athlétisme est ma passion ». L’étudiant a la chance de vivre encore au domicile familial. « Pour les courses, les repas, le linge, les papiers… C’est très confortable, je gagne du temps. Merci les parents ! ».
La licence en poche, Victor compte poursuivre ses études : « Quand je me réveille le matin, je pense à l’athlétisme. Mais on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Je veux aussi avoir un bon diplôme à côté ».

De l’organisation, de la confiance et quelques sacrifices

Tanguy Delacôte

En 1re année Gestion des Entreprises et des Administrations à l’IUT de Rennes, Tanguy Delacôte se classe parmi les 15 meilleurs kayakistes français. A 18 ans, évoluant désormais en senior, il prépare les sélections équipe de France de canoë-kayak de descente qui se dérouleront à Pau en avril 2016.
« Grâce au statut de sportif de haut niveau, l’IUT de Rennes me permet de bénéficier d’aménagements de scolarité et je peux donc consacrer du temps à mes entraînements », soit 15 séances hebdomadaires. « Concilier les études et une pratique sportive intensive demande de l’organisation, de la confiance… Et quelques sacrifices comme quitter sa région, sa famille, ses proches pour s’installer à Rennes ». Souhaitant mener à bien son double projet, Tanguy, originaire de Colmar, est venu étudier à Rennes, à proximité du Pôle France de canoë-kayak situé à Cesson-Sévigné.
« Ma vie d’aujourd’hui est un choix mûrement réfléchi. Si je consacre beaucoup de temps aux entraînements, je n’en n’oublie pas pour autant mes études, explique le jeune homme qui anticipe déjà les années à venir : Après l’obtention du DUT GEA, je souhaiterai intégrer l’IGR-IAE Rennes pour poursuivre mon cursus dans le domaine du management, des finances, du marketing ou de la gestion.
Plus les années d’études passeront, plus je diminuerai ma pratique sportive. La vie professionnelle prendra peu à peu plus de place que le canoë-kayak car je ne peux malheureusement pas en vivre ».

Un emploi du temps différent, une vie étudiante atypique

C’est justement le parcours qu’a suivi Léo Rivaud. Espoir au Centre de formation du Rennes Volley 35 qui évolue en Nationale 3, Léo joue aussi avec l’équipe professionnelle de Ligue B, actuellement 1re du championnat.
« Mes semaines sont assez chargées : j’assiste aux cours le matin et en début d'après midi, puis je m’entraîne tous les jours hormis le lundi… Sans oublier les matches le week-end. Un emploi du temps différent qui rend ma vie étudiante un peu atypique ».
Inscrit en L3 de gestion après du DUT GEA, Léo parvient à concilier études et pratique sportive : « Le statut de sportif de haut niveau m'a permis d'aménager mon temps scolaire (le volleyeur effectue sa Licence 3 en deux ans) et de faire reconnaître une pratique sportive intensive. C’est intéressant pour les démarches administratives et les relations avec l'université ».

Jongler entre les cours, les entraînements et les séances de kiné

Thibault Ramothe

Thibault Ramothe pratique le triple saut. Son record : 15m55. Champion de France universitaire en 2013 (indoor), il s’est classé 3e aux championnats de France Espoir en 2014 et 8e aux championnats de France Elites… au 200 m ! « Je pratique occasionnellement le sprint sur 200m afin de compléter ma préparation pour le triple saut ».
Avec 5 autres athlètes étudiants rennais, il participe à la plus grande compétition universitaire indoor des Etats-Unis les 5 et 6 février 2016 à New-York.

Thibault étudie depuis 5 ans à Rennes 1. Titulaire d’un DUT en gestion des entreprises et des administrations, il a ensuite effectué une L2 à la faculté des sciences économiques avant d’intégrer l’IGR-IAE Rennes en L3. « Au début de mon cursus j’ai eu quelques difficultés à mener simultanément une vie de sportif et d’étudiant. Il m’a fallu un certain temps pour mûrir et évoluer dans le milieu universitaire afin de prendre conscience de l’exigence du haut niveau et organiser mon quotidien autour des deux objectifs : sport et études.
Grâce au statut de sportif de haut niveau, j’ai pu aménager ma licence 3 en deux ans. Je remercie sincèrement l’IGR pour cette aide qui m’a permis de maintenir un investissement important an athlétisme ».

Aujourd’hui en 1re année de Master Marketing, Thibault doit « jongler entre les cours, les entraînements (6 à 8 séances de 2 heures hebdomadaires), les séances de kiné et conserver des phases de repos. Mon coach sait très bien s’adapter aux besoins de ses athlètes et porte autant d’importance à la réussite scolaire qu’aux performances sportives. On s'organise en fonction de l’emploi du temps universitaire ».

« Ce n’est pas une vie d’étudiant classique, il y a des choix à faire, admet-il. Mais lorsqu’une bonne performance arrive ensuite dans la saison, on est vraiment récompensé. Même si cette pratique engendre des contraintes et pas mal de fatigue, c’est vraiment un plus dans la semaine pour voir d’autres amis, se défouler et avoir un objectif en dehors des cours. On bouge beaucoup, on partage des expériences, c’est vraiment stimulant ».

Côté pistes, Thibault vise un titre de Champion de France N2 à Rennes le 21 février ce qui lui ouvrirait directement les portes des Championnats de France Elite, une semaine plus tard à Aubière. Son objectif : franchir la barre des 16 mètres.
Côté études, il espère réaliser l’an prochain une année de césure en Espagne (en conservant un entraînement intensif) avant d’intégrer le parcours Chargé d’études du M2 Marketing. « Les dernières années d’études sont les plus délicates puisqu’il faut à la fois anticiper la transition vers le monde professionnel mais aussi pouvoir concrétiser les bonnes performances “jeunes” en compétition sénior et débuter une carrière à très haut niveau ».